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Redéfinir le débat des grandes contre les petites capitalisations

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Conférence de londres

Dans leur recherche d’actions sous-évaluées, les investisseurs entretiennent un vif débat sur les mérites des petites, des moyennes ou des grandes capitalisations. Lors de la conférence de Franklin Templeton Investments qui s’est tenue à Londres mi-juin, Colin Morton, Vice-président et gérant de portefeuille au sein de l’équipe de gestion des actions britanniques, a expliqué que son approche était quelque peu différente. Durant ce même événement, plusieurs collègues de son équipe ont fait part de leur opinion sur des sujets aussi divers que les prix de l’immobilier au Royaume-Uni et les valorisations lors des introductions en Bourse. Découvrez ci-dessous certaines de leurs analyses.

 

 

Colin MortonColin Morton, Vice-président, gérant de portefeuille

Équipe de gestion des actions britanniques de Franklin

De nombreux investisseurs en quête d’actions sous-évaluées cherchent à diviser le marché en catégories : les grandes, moyennes et petites capitalisations. Je pense qu’actuellement la situation est un peu plus compliquée que cette catégorisation le suggère.

Beaucoup de grandes entreprises ont effectivement affiché des performances satisfaisantes ces cinq dernières années. Elles ont bénéficié de moteurs de croissance relativement puissants et possèdent, selon nous, un avantage unique par rapport à d’autres sociétés. À l’inverse, les grandes compagnies pétrolières et minières ont enregistré des performances très décevantes et ont fait nettement reculer les indices de grandes capitalisations[1]. Ces sociétés représentent une part très importante de plusieurs indices de grandes capitalisations ; leurs performances ont donc fait plonger l’ensemble de ces indices.

Le côté positif est que les cours des actions de certaines de ces entreprises n’intègrent qu’une croissance faible, voire nulle. La mauvaise nouvelle est que cette croissance ne sera pas très soutenue. En revanche, nous percevons un potentiel dans ce type de sociétés qui semblent afficher des primes élevées par rapport au marché en termes de rendement des flux de trésorerie disponible[2] et de rendement du dividende[3].

Je pense donc qu’il faut être plus patient avec ce genre d’entreprise. Il ne faut pas en attendre une croissance énorme, mais du marché non plus d’ailleurs.

Il en va de même dans le secteur minier, dont nous ne sommes pas très friands (même des géants du secteur) car nous trouvons qu’il est très difficile d’anticiper son évolution.

Nous ne savons pas, par exemple, quel sera le prix du minerai de fer ou du cuivre à l’avenir et sans cette information, il est très difficile d’estimer la valorisation d’une société exploitant ces ressources naturelles. Toutefois, le marché semble aujourd’hui estimer les valorisations de ces titres sur la base de prix des métaux bien plus bas que leurs niveaux actuels, ce qui nous semble encourageant lorsque nous commençons à nous intéresser à ces entreprises.

Pour les grandes capitalisations, je ne m’inquiète pas trop de l’écart entre leurs ventes à l’étranger et sur leur territoire national. Je cherche des sociétés intéressantes offrant un bon rendement des flux de trésorerie disponible et pilotées par une équipe dirigeante compétente, susceptibles de dégager un potentiel haussier à moyen voire long terme. La volatilité sur les marchés des changes n’a pas aidé, mais comme je ne peux pas prévoir l’orientation des devises à long terme, j’essaie de ne pas m’en inquiéter, à condition qu’il s’agisse d’un effet de conversion et non d’un effet transactionnel.

Ce que je veux dire, c’est que je ne m’inquiète pas trop si le chiffre d’affaires et toutes les capacités productives d’une société sont concentrés dans une région en particulier ; en effet, le seul moment où les variations de change ont un impact, c’est lorsque les entreprises convertissent leurs bénéfices dans leur devise d’origine.

Je suis plus inquiet par exemple dans le cas d’une société manufacturière britannique qui serait à l’heure actuelle en concurrence avec un fabricant américain car elle aurait du mal à être compétitive : lorsque la livre sterling s’apprécie face au dollar américain, les biens manufacturés britanniques deviennent plus chers pour les consommateurs américains.

En tant qu’investisseurs, nous effectuons une sélection très rigoureuse des valeurs que nous envisageons d’intégrer dans nos portefeuilles et nous nous concentrons sur un univers d’investissement limité au sein d’un indice large. Nous pouvons ainsi continuer à dénicher de bonnes idées d’investissement dans différents types de conditions de marché.

Néanmoins, il existe un « seuil » de qualité à respecter. En tant qu’investisseurs, nous sommes très attentifs au potentiel de valeur que recèlent les entreprises. Bien évidemment, tous les investisseurs déclarent allègrement vouloir investir uniquement dans des entreprises de grande qualité. Tout le monde veut être positionné sur des titres de grande qualité. Mais nous pensons qu’il faut respecter un « seuil » de qualité. Nous préférons éviter les entreprises très endettées ou celles dotées de business models que nous jugeons risqués. Nous privilégions les sociétés de bonne qualité assorties de business models solides et pilotées par équipes dirigeantes compétentes.

 

Secteur de la construction immobilière au Royaume-Uni

Paul SpencerPaul Spencer, Vice-président, gérant de portefeuille, Équipe de gestion des actions britanniques de Franklin 

Nous pensons qu’au Royaume-Uni, le secteur immobilier présente une pénurie structurelle. Mais le pays ne nous semble pas se trouver dans une bulle immobilière spéculative comme par le passé, lorsque les investisseurs ont essayé de revendre des maisons pour réaliser un bénéfice rapide. Au contraire, nous observons une réelle demande sous-jacente en logements dans une optique d’habitation, et ce niveau de demande reste supérieur au niveau sous-jacent de production. Donc, tant que les acheteurs potentiels ont un accès raisonnable au financement et que la demande demeure à un niveau correct, les prix pourront rester raisonnablement élevés. Et c’est tout ce que souhaitent les promoteurs immobiliers, selon nous. Ils veulent un équilibre des prix et une opportunité d’exploiter leurs stocks de terrains avec une marge qui se reflètera dans leur bilan. Si cela se produit, les promoteurs immobiliers cotés en bourse devraient être satisfaits. Et même si les taux d’intérêt se normalisent (quelle que soit cette norme) au cours des cinq prochaines années, je ne pense pas qu’ils pourront à eux seuls faire chuter le marché immobilier. Cependant, il ne serait dans l’intérêt de personne d’avoir un niveau de prix qui éloigne les ménages ayant des emplois stables et des revenus réguliers de certains secteurs. Nous pensons que le mieux serait que le changement provienne de l’offre plutôt que de la demande. Selon nous, ce secteur présente toujours des poches de valeur.

 

Introductions en bourse de petites et moyennes capitalisations en 2014

Richard bullasRichard Bullas, Vice-président, gérant de portefeuille et analyste, Équipe de gestion des actions britanniques de Franklin

Selon nous, le marché des introductions en bourse a fait un retour en force. Nous entrons aujourd’hui dans la deuxième phase de cette tendance. En début d’année, nous avons constaté quelques introductions en bourse assorties de valorisations relativement élevées, mais certaines nouvelles émissions à venir nous ont semblé être de bonnes opportunités avec des prix d’émission favorables. Nous pensons que l’attitude des investisseurs vis-à-vis des cours a changé car, au début de l’année, les actions britanniques ont attiré beaucoup de capitaux, notamment les petites capitalisations, et ils étaient très demandeurs de nouvelles idées d’investissement, surtout dans le secteur de la distribution. Je pense que la légère correction des petites capitalisations depuis février/mars 2014 est due à l’assèchement des entrées de capitaux dans le segment, qui ont été redirigés vers les secteurs défensifs et les grandes capitalisations, alors à nouveau prisés par les investisseurs. Du fait des anticipations des investisseurs, nous sommes passés d’un marché de vendeurs en début d’année à un marché d’acheteurs.

Secteur du tabac

Ben RussonBen Russon, Vice-président, gérant de portefeuille et analyste, Équipe de gestion des actions britanniques de Franklin

Le secteur du tabac doit relever des défis. Ces dernières années, des gouvernements du monde entier ont imposé des interdictions de fumer dans les lieux publics et ont interdit la publicité sur ces produits. Au Royaume-Uni notamment, les cigarettiers traditionnels sont aujourd’hui engagés dans un débat sur la mise en place d’un packaging banalisé, sans compter la concurrence venue de la progression des cigarettes électroniques. Les marchés occidentaux sont donc plutôt difficiles d’un point de vue économique. Le secteur possède néanmoins des caractéristiques attrayantes en matière d’investissement, notamment leurs valorisations par rapport à d’autres biens de consommation de première nécessité, comme l’alimentation, les boissons et les produits ménagers. Les cigarettiers sont dotés de business models générateurs de flux de trésorerie mais leurs valorisations sont plus faibles que celles des sociétés britanniques similaires du secteur des biens de consommation de première nécessité. Il y a vingt ans, des événements sportifs étaient sponsorisés par des cigarettiers, leurs publicités ornaient les voitures de Formule 1 et se retrouvaient dans les journaux et les magazines, les gens fumaient dans les bars et les restaurants : tout cela a été supprimé au cours des 20 dernières années. Malgré cela, ces sociétés se portent incroyablement bien. Elles disposent d’un pouvoir de fixation des prix considérable et génèrent énormément de liquidités. De plus, le marché a tendance à intégrer à l’avance leurs facteurs négatifs. Donc, si l’on compare un cigarettier et une autre entreprise du secteur des biens de consommation de première nécessité, le premier affichera une décote significative en raison du risque perçu lié au tabac. Nous reconnaissons que le secteur a encore des défis à relever, mais nous pensons qu’ils ont déjà été intégrés dans les valorisations.

Les commentaires, les opinions et les analyses de Colin Morton, Richard Bullas, Paul Spencer et Ben Russon sont fournis à titre d’information uniquement et ne constituent pas des conseils d’investissement individuels, des recommandations à investir dans un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, secteurs, investissements ou stratégies cités.

Quels sont les risques?

Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Les cours des actions sont soumis à des fluctuations, parfois rapides et importantes, en raison de facteurs affectant les entreprises individuelles et certains secteurs ou sous-secteurs, ou du fait des conditions générales de marché. Les investissements à l’étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l’instabilité économique et l’évolution de la situation politique. Les investissements sur les marchés en développement présentent d’ailleurs des risques accrus par rapport aux mêmes facteurs, en plus de ceux associés à leur taille inférieure et à leur liquidité plus limitée.



[1] Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs.

[2] Le rendement des flux de trésorerie disponible permet d’évaluer le potentiel bénéficiaire d’une entreprise ; il est calculé en soustrayant les dépenses d’investissement aux flux de trésorerie, puis en divisant par la capitalisation boursière.

[3] Le rendement du dividende est calculé en divisant le dividende annuel par le cours actuel de l’action.