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Les mesures de la BCE soulignent la détermination de Draghi

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La réduction des taux d’intérêt de la zone euro annoncée le 4 septembre par le président de la Banque centrale européenne (BCE) Mario Draghi a surpris certains intervenants de marché. Toutefois, au même titre que la confirmation du lancement du programme de rachat de titres adossés à des actifs de la BCE, David Zahn, Responsable Taux en Europe et gérant de portefeuille, estime que cette initiative s’inscrit dans la lignée des mesures précédentes et témoigne d’un président aux commandes et déterminé à remettre l’économie de la zone euro sur les rails.

David Zahn
David Zahn

David Zahn, CFA®, FRM
Responsable Taux en Europe
Vice-président senior, gérant de portefeuille
Franklin Templeton Fixed Income Group®

Les dernières mesures dévoilées par le Président de la Banque centrale européenne Mario Draghi s’inscrivent dans la continuité des mesures annoncées en juin. En fait, il ne s’agit pas vraiment d’un nouvel ensemble de mesures, mais plutôt d’une continuation de l’ancien programme avec des éléments s’imbriquant les uns dans les autres.

Depuis longtemps, Mario Draghi souligne que la banque prendra toutes les mesures qu’elle juge appropriées pour remettre l’économie de la zone euro sur les rails. Il a récemment confirmé ces propos en août, lors du colloque économique de Jackson Hole dans le Wyoming, sous l’égide de la banque fédérale de réserve de Kansas City. Il avait déjà fait un pas dans cette direction en juin, en annonçant la précédente baisse de taux et en dévoilant pour la première fois le programme de rachat de titres adossés à des actifs et d’opérations ciblées de refinancement à long terme (TLTRO) de la banque, mais il confirme maintenant ce message via de nouvelles mesures. La cohérence du message et des initiatives envoie un signal fort et l’image d’un président de banque centrale aux commandes et déterminé. La réussite complète de son entreprise est une autre question, mais au moins il sait ce qu’il veut faire.

Les marchés obligataires ont assez bien accueilli les dernières annonces, notamment dans la périphérie : l’Italie et l’Espagne se sont particulièrement bien comportées.

Notons qu’au lendemain de cette annonce, le 5 septembre, les obligations souveraines à deux ans de l’Allemagne, du Danemark, de la Belgique, des Pays-Bas, de la Finlande, de la France, de l’Autriche et de l’Irlande ont affiché des rendements négatifs. Cela devrait conduire les acheteurs étrangers à rechercher du rendement sur les échéances plus éloignées de la courbe des taux.

Les obligations à cinq et dix ans ont aussi enregistré des performances satisfaisantes et les émissions de la périphérie ont surperformé.

Toutefois, je pense que l’annonce récente de ces mesures indique que l’inflation reste préoccupante pour la BCE.

Cette dernière a abaissé ses prévisions de croissance pour la zone euro à 0,9 % pour 2014, alors qu’elles étaient à 1 % en juin. En revanche, sa prévision d’inflation pour 2016 est restée inchangée à 1,4 %, toujours légèrement inférieure à son objectif, et elle se base sur ses propres chiffres, généralement optimistes par le passé. Les prévisions d’inflation à cinq ans sont aussi ressorties légèrement en-dessous de l’objectif, légèrement inférieur à 2 %.

Sur la voie d’une politique monétaire accommodante

Compte tenu des mesures déjà prises jusqu’à présent, la BCE devrait donc maintenir une politique accommodante dans la zone euro et aller davantage dans ce sens à l’avenir.

La réduction du taux d’intérêt de 10 points de base à 0,05 % et l’abaissement du taux de dépôt à -0,2 % montrent selon moi que la BCE a utilisé tous les outils à sa disposition pour piloter l’orientation des taux d’intérêt. Néanmoins, cela m’amène aussi à penser que la politique monétaire restera accommodante pendant encore quelque temps.

La BCE se concentre toujours sur l’injection de liquidités dans les banques européennes et les encourage à les utiliser. L’abaissement supplémentaire du taux de dépôt négatif envoie le message suivant : « Vous ne pouvez pas nous rendre cet argent, car nous vous le ferons payer. »

Maintenant confirmé par Mario Draghi, le programme de rachat de titres adossés à des actifs (ABS) débutera en octobre et permettra à la BCE d’acheter directement certains ABS. La taille exacte du programme d’ABS et son fonctionnement seront rendus publics prochainement. Mario Draghi a déclaré que le programme sera ouvert aux détenteurs d’actifs (investisseurs institutionnels inclus), mais d’une manière générale, ce sont les banques qui détiennent ces actifs en Europe et ce sont elles qui obtiendront les liquidités. Les TLTRO ont aussi pour objectif d’injecter davantage de liquidités dans les banques.

Notons qu’en réponse à une question sur la taille du programme d’ABS, Mario Draghi a déclaré qu’il souhaitait porter le bilan de la BCE à son niveau de 2012 (environ 3 100 milliards d’euros), alors qu’il n’est que légèrement supérieur à 2 000 milliards d’euros en ce début du mois de septembre : la route est donc encore longue.

Au cours des deux dernières années, le bilan s’est contracté et l’économie ne s’est pas portée pour le mieux. Le fait que Mario Draghi anticipe maintenant une reprise de l’expansion du bilan de la BCE envoie selon moi un signal fort.

Parallèlement, Mario Draghi a admis pour la première fois que les membres du directoire de la BCE avaient abordé la question de l’assouplissement quantitatif (QE). Je suis convaincu que la banque introduira un tel programme à terme, mais cet aveux a fait de l’assouplissement quantitatif un vrai sujet d’actualité : ils en ont discuté et le clament maintenant haut et fort. En conséquence, je pense que cela rend désormais plus concrète la perspective d’un assouplissement quantitatif.

Parallèlement, l’affaiblissement de l’euro face aux autres devises européennes et au dollar américain à la suite de ces dernières annonces est selon moi une tendance qui devrait se confirmer.

L’affaiblissement de l’euro devrait avoir un effet inflationniste sur l’Europe, ce qui explique en partie pourquoi il était souhaité par la BCE. Il devrait aussi en partie bénéficier aux exportations et stimuler ensuite la croissance.

Avec ces dernières annonces, Mario Draghi a déployé un peu plus son artillerie, mais il a encore des réserves : l’assouplissement quantitatif reste toujours une option en cas de besoin.

Enfin, Mario Draghi semble aussi dire que la responsabilité ne devrait pas incomber uniquement à lui et ses collègues de la BCE. Il met davantage l’accent sur la stratégie budgétaire de la zone euro, suggérant ainsi que l’accélération de l’économie ne devrait pas passer seulement par la politique monétaire. Pour moi, Mario Draghi semble suggérer la nécessité d’un assouplissement des politiques budgétaires et peut-être de certains changements réglementaires. Je pense qu’il prépare le terrain pour prôner la nécessité d’une collaboration de tous les ministres des Finances pour emmener avec lui la zone euro dans la bonne direction.

Les commentaires, opinions et analyses de David Zahn sont présentés uniquement à des fins d’information et ne doivent pas être interprétés comme des conseils d’investissement individuels ou une recommandation visant un titre ou une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, secteurs, investissements ou stratégies cités.

CFA® et Chartered Financial Analyst® sont des marques déposées de CFA Institute.

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