Le résultat des élections aux Pays-Bas annonce-t-il la fin de la vague populiste en Europe ?
24 mars, 2017

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La défaite du politicien d’extrême droite, Geert Wilders, aux élections néerlandaises de cette semaine, alors même qu’il caracolait en tête des intentions de vote, a mené certains observateurs à penser que l’expérience populiste en Europe touche à sa fin. Néanmoins, David Zahn, responsable Taux Europe du Franklin Templeton Fixed Income Group, met en garde les investisseurs contre une extrapolation de ce résultat aux prochaines élections en France et en Allemagne. Il considère également les implications de la situation politique au Royaume-Uni où le gouvernement doit faire face aux appels à un second référendum en Écosse alors même qu’il se prépare à enclencher le processus de sortie de l’Union européenne.

David Zahn

David Zahn

David Zahn, CFA, FRM
Responsable Taux Europe
Vice-président senior et gérant de portefeuille
Franklin Templeton Fixed Income Group

Un autre vote, un autre résultat surprenant, cette fois aux législatives néerlandaises. La différence néanmoins entre le dénouement des élections de cette semaine aux Pays-Bas et les surprises des scrutins précédents est que la vague populiste d’extrême-droite attendue ne s’est finalement pas matérialisée.

De ce point de vue, ce résultat a été plus intéressant que prévu. Nous considérons qu’il est d’autant plus remarquable que malgré tous les discours concernant une montée du populisme dans le monde, le partenaire majoritaire d’une coalition au pouvoir ait obtenu un résultat meilleur que prévu initialement.

De plus, deux des partis néerlandais pro-Union européenne (UE) des Pays-Bas ont en fait gagné des sièges au Parlement.

D’un autre côté, les résultats du Parti pour la liberté (PVV) d’extrême droite, dirigé par Geert Wilders, ont été moins favorables que prévu, malgré ses quelques sièges supplémentaires.

Selon nous, le sentiment général des électeurs néerlandais semblait être plus pro-européen que n’auraient pu le penser de nombreux observateurs.

Le résultat semble indiquer que la vague populiste exprimée dans les sondages d’opinion ne se fera peut-être pas sentir lors d’autres élections européennes en 2017. De notre point de vue, l’Europe dans son ensemble devrait en bénéficier.

Nous pourrions nous attendre à ce que de nombreux observateurs tentent d’extrapoler les résultats des élections néerlandaises à la France, où le Front National, dirigé par Marine Le Pen, est en avance dans les sondages.

Il y a de nombreux points communs entre le FN de Mme Le Pen et le PVV de M. Wilders. On pourrait donc commencer à se demander si Mme Le Pen a véritablement le vent en poupe, comme le suggèrent les sondages.

De fait, les marchés pourraient être tentés de réviser à la baisse la vraisemblance d’une victoire du Front National, voire même d’exclure cette possibilité. Nous assisterons peut-être à un resserrement des liens franco-allemands pendant la campagne du premier tour des élections présidentielles françaises, le 23 avril.

Néanmoins, nous sommes d’avis que les investisseurs doivent rester prudents et éviter de céder à toute forme de complaisance, comme cela s’est produit pour le vote du Brexit au Royaume-Uni et lors des élections présidentielles américaines. De notre point de vue, il est possible que Mme Le Pen gagne au second tour des scrutins en mai, même si ce serait de peu.

L’Écosse fait monter les enchères avec sa récente demande d’indépendance

Pendant ce temps, de l’autre côté de la mer du Nord, la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a mis à mal les travaux de négociations du gouvernement britannique concernant le Brexit avant même qu’ils n’aient effectivement commencé, en demandant un second référendum sur l’indépendance écossaise, devançant ainsi tout accord de divorce entre le Royaume-Uni et l’UE.

Lors d’un précédent référendum sur l’indépendance, organisé en septembre 2014, 55,3 % des électeurs écossais contre 44,7 % avaient choisi de maintenir l’appartenance au Royaume-Uni.

Compte tenu du fort soutien manifesté par l’Écosse pour rester dans l’Union européenne lors du référendum sur le Brexit l’année dernière, la demande du gouvernement écossais d’un second référendum sur l’indépendance n’a rien d’une surprise pour la plupart des observateurs. Cependant, le moment a été mal choisi pour la Première ministre britannique, Theresa May, qui s’était préparée pour déclencher l’application de l’article 50 afin d’amorcer officiellement le processus du Brexit avant le 31 mars.

Theresa May a à présent indiqué qu’elle n’avait pas l’intention d’autoriser un référendum sur l’indépendance de l’Écosse avant la fin des négociations sur le Brexit. Il semble néanmoins que la simple perspective d’un tel vote pourrait contribuer au sentiment de doute planant au-dessus du processus du Brexit.

Du point de vue de l’investissement, nous estimons que les incertitudes et la volatilité qui en découleront pourraient présenter des opportunités potentielles.

Néanmoins, nous avons le sentiment depuis le début que le déclenchement effectif de l’article 50 à proprement parler ne devrait avoir qu’un impact limité sur les marchés.

En France et en Allemagne, les questions nationales sont au cœur des préoccupations

Nous ne nous attendons pas à ce que les négociations apportent des changements subtantiels avant début 2018, pour la simple et bonne raison que les homologues vraisemblables du Royaume-Uni dans ces négociations ont d’autres questions internes à régler.

Les élections en France, qui se tiendront en avril et en mai 2017, déboucheront sur un nouveau Président de la République et il est possible que le leadership de l’Allemagne, ou tout du moins la composition de la coalition au pouvoir, change après les élections de cet automne.

Selon nous, il serait vraiment difficile d’entreprendre des négociations importantes avec l’Union européenne (UE) sans la participation des chefs d’État de la France et de l’Allemagne. De ce point de vue, nous pouvons nous attendre à ce que le Brexit se fasse un peu oublier après le déclenchement de l’article 50.

D’après nous, cet état de fait pourrait être plutôt positif car il devrait permettre un bon travail préparatoire à huit clos.

Nous pensons actuellement que le positionnement pour les négociations préalables se joue beaucoup trop dans la presse. Nous espérons qu’après le déclenchement de l’article 50, les tensions s’atténueront des deux côtés et que des discussions pourront être organisées dans un cadre privé permettant des négociations plus nuancées et efficaces.

Appels récents au vote sur l’indépendance de l’Écosse

Bien que l’Écosse ait déjà organisé un référendum il y a deux ans, la Première ministre écossaise pro-indépendance, Nicola Sturgeon, a toujours dit qu’elle se réservait le droit de demander un second vote sur l’indépendance en cas de changement de circonstances important.

Or, le Brexit est effectivement un changement important. Nous pensons néanmoins qu’un autre référendum n’aiderait pas vraiment Theresa May.

Il ne fait aucun doute qu’un vote en faveur de l’indépendance de l’Écosse affaiblirait grandement la position de négociation du Royaume-Uni dans son ensemble.

D’après l’expérience passée, nous pourrions nous attendre à une fracture de l’Union européenne suite aux négociations sur le Brexit entraînant potentiellement une séparation entre des factions fédéralistes et non-fédéralistes. Néanmoins, ces appels à l’indépendance sont pour nous le signe d’une fracture au sein du Royaume-Uni avant même le début des négociations.

Il reste donc à voir les conditions selon  lesquelles le gouvernement de Westminster accepterait un second référendum sur l’indépendance. Si l’Écosse nourrit l’espoir de rejoindre l’UE en tant que pays indépendant (voire même d’y rester), il est vital qu’un quelconque référendum sur l’indépendance ait le soutien du parlement britannique de Westminster.

La position de Mme Sturgeon soulève également la question de l’avenir de l’Irlande du Nord au sein du Royaume-Uni. Comme en Écosse, une majorité des irlandais du Nord ont voté le maintien dans l’UE à l’occasion du référendum de l’année dernière.

Leçons à tirer des référendums

Si le gouvernement britannique décide finalement d’autoriser un autre vote sur l’indépendance de l’Écosse, nous espérons que les politiciens auront tiré les leçons des précédents référendums et qu’ils exigeront un seuil nettement plus élevé, que ce soit en matière de participation ou de marge de victoire avant que le résultat ne soit exécutoire.

Selon nous, les calculs politiques se cachant derrière la nouvelle campagne pour le référendum sur l’indépendance et les négociations du Brexit sont susceptibles d’engendrer un climat d’incertitude et la volatilité de la livre sterling et des marchés britanniques. Nous estimons qu’un excès d’attention sera vraisemblablement accordé à des détails pouvant paraître importants mais ne l’étant pas tant que ça. Les investisseurs actifs et compétents pourraient y trouver des opportunités.

Cependant, d’une manière générale, les investisseurs devraient selon nous se tourner vers des actifs traditionnellement défensifs. Ils pourraient donc chercher à avoir davantage de valeurs sûres dans leur portefeuille, compte tenu de l’incertitude dans d’autres zones du marché financier, ce qui pourrait bénéficier aux Gilts et aux crédits.

Nous serions fort surpris que la Banque d’Angleterre agisse autrement qu’en maintenant son « policy mix » actuel consistant à autoriser le déroulement de son programme d’assouplissement quantitatif et à privilégier une approche attentiste.

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