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Analyse des causes profondes des tensions commerciales aux États-Unis

Les discussions autour d’une « guerre commerciale » entre les États-Unis et plusieurs de ses principaux partenaires commerciaux continuent de s’intensifier. La Chine a supporté le poids des droits de douane américains visant un large éventail de produits et a riposté avec une menace de représailles, créant ainsi une situation explosive entre les deux plus grandes économies du monde. Norm Boersma, du Templeton Global Equity Group, se penche sur les causes des tensions commerciales actuelles. Bien que la situation puisse accroître la pression à la hausse sur l’inflation et les taux d’intérêt qui ont augmenté tardivement dans le cycle – probablement au bénéfice des valeurs qui peuvent tirer profit d’un tel environnement – Boersma est convaincu que les récents évènements sont dans l’ensemble négatifs pour la croissance et la coopération mondiales.

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Les origines : la recrudescence du protectionnisme

Alors que les tensions commerciales ont fait les gros titres ces derniers mois – et semblent s’être intensifiées récemment – les racines sont profondes. La mondialisation a évolué et s’est élargie au cours des dernières décennies, ce qui profite aux consommateurs du monde occidental, aux fabricants des marchés émergents et à l’économie mondiale en général. Elle a permis à des millions de personnes de sortir de la pauvreté et a considérablement renforcé les rangs de la classe moyenne mondiale. Pour autant, les avantages de la mondialisation n’ont pas été répartis uniformément. Les « cols bleus » des pays occidentaux qui ont vu leur emploi délocalisé et qui ont dû s’adapter au nouveau paysage économique se sont sentis naturellement dépossédés par la mondialisation.

La crise financière d’il y a dix ans n’a pas aidé, et la réponse politique, qui a réussi à gonfler le prix des actifs, comme le souhaitaient les investisseurs, n’est pas parvenue à générer l’inflation des salaires attendue.

C’est pour ces raisons, entre autres, que le protectionnisme s’accentue globalement sur les marchés développés et a trouvé son expression aux États-Unis sous la bannière « America first » (« l’Amérique d’abord ») du président Donald Trump. Le problème, selon notre expérience, est que les politiques protectionnistes tiennent rarement leurs promesses à long terme.

Les droits de douane annoncés par Trump, qui ciblent une longue liste de produits incluant l’acier, l’aluminium, les panneaux solaires et les appareils ménagers, s’inscrivent dans une politique protectionniste qui comprend également le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique et une enquête en cours sur les pratiques chinoises en matière de propriété intellectuelle. En juin 2018, le Bureau du représentant américain au commerce a ciblé plus de 1 000 produits chinois importés, évalués à environ 50 milliards de dollars américains en 2018.[1] Les droits de douane devraient être appliqués progressivement et se concentrer principalement sur les produits industriels et les technologies clés liés à l’initiative « Made in China 2025 » de la Chine.

Remettre les droits de douane dans leur contexte

La perception de droits de douane n’est pas une nouveauté dans la politique commerciale américaine ; depuis Jimmy Carter, chaque président a pris d’une manière ou d’une autre des mesures protectionnistes sur le commerce, ciblant souvent l’acier. À eux seuls, les droits de douane annoncés par Trump n’occasionneront pas non plus, pour une large part, de grands dommages économiques ; les principales importations visées, celles de l’acier et de l’aluminium, ne réduiraient le produit intérieur brut américain que de 0,2 % par an à court terme.[2]

La nouveauté de ces mesures réside dans leur contexte, celui d’une période de repli de l’Amérique sur elle-même, loin de son rôle de défenseur du capitalisme de marché, de la coopération internationale et d’autres principes régissant la mondialisation. Ce qui rend la période actuelle particulièrement dangereuse à nos yeux est l’apparition potentielle de formes de représailles encore plus inquiétantes, en particulier de la part de la Chine à un moment où le président Xi Jinping s’efforce de présenter une alternative aux valeurs et à l’hégémonie américaines.

Propriété intellectuelle : le feu aux poudres

Selon nous, le véritable risque réside dans le fait que les droits de douane appliqués jusqu’à présent ne sont que les prémices d’une guerre commerciale multilatérale à grande échelle qui aura un impact global sur l’économie mondiale. Les droits de propriété intellectuelle dans le secteur de la technologie constituent probablement la principale pierre d’achoppement dans ce conflit potentiel. Une enquête menée par le représentant américain au commerce sur les pratiques de propriété intellectuelle en Chine a conclu, dans une étude de 2017, que le vol de propriété intellectuelle en Chine coûtait 600 milliards de dollars par an aux entreprises américaines.[3]

L’escalade de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis se traduira par une hausse des prix pour les consommateurs et une accélération probable de l’inflation, exerçant une pression à la hausse sur les taux d’intérêt. Dans l’ensemble, à notre avis, cela nuirait à la prospérité et à la sécurité des deux pays.

Les droits de douane ne constituent pas les seules mesures protectionnistes prises par les États-Unis. Le Congrès a présenté en début d’année un projet de loi visant à empêcher le gouvernement de conclure des accords commerciaux avec deux entreprises chinoises de télécommunications (bien que le président Trump ait depuis défendu l’accès de l’une de ces entreprises au marché américain). Le président américain a également pris la mesure inhabituelle de bloquer le rachat d’un fabricant américain de semi-conducteurs par un concurrent singapourien, en avançant des questions de sécurité nationale.

Alors que nous pensons que le risque d’une guerre commerciale croissante est clairement négatif pour la croissance et la coopération mondiales, une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt pourrait à l’inverse avoir pour effet de préserver les actions de valeur. En effet, ces dernières se concentrent souvent dans des secteurs sensibles aux taux d’intérêt et à l’inflation, tels que les services financiers et les matières premières.

À la recherche d’opportunités

Les actions de valeur ont sous-performé les actions de croissance sur dix années au cours des onze dernières, marquant l’un des marchés baissiers les plus longs et les plus marqués de ce type.[4] Les taux d’intérêt artificiellement bas ont été une cause majeure des problèmes de valeur. Nous pensons qu’ils ont faussé la valeur de l’argent et obligé les investisseurs à quitter la courbe de risque en quête de croissance et de rendement.

Nous pensons que la normalisation en cours des taux d’intérêt américains pourrait soutenir les actions axées sur la valeur et d’autres bénéficiaires en fin de cycle, tels que les secteurs de la finance et de l’énergie et les marchés européens. Les marchés européens ont tendance à bien se comporter en fin de cycle en raison de leur forte exposition aux secteurs sensibles à l’inflation et aux taux, comme les matières premières et les valeurs financières. Les sociétés européennes ont largement sous-performé leurs homologues américaines tout en s’échangeant à des décotes historiques, offrant une marge d’amélioration des bénéfices et d’expansion des multiples à mesure que les conditions politiques se normalisent.

Dans l’ensemble, nous considérons le risque d’escalade d’une guerre commerciale comme un facteur négatif pour la croissance économique mondiale et la prospérité des marchés actions. Même si nous pensons que les portefeuilles de valeur semblent relativement bien positionnés pour un environnement de hausse des taux et de fin de cycle, l’escalade des tensions commerciales reste néanmoins une source de préoccupation pour les investisseurs mondiaux.

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[1] Source : Office of the United States Trade Representative (Bureau du représentant américain au commerce), juin 2018.

[2] Source : Trade Partnership Worldwide LLC, « Trade Discussion or Trade War? The Estimated Impacts of Tariffs on Steel and Aluminum » (Discussion ou guerre commerciale ? Les répercussions estimées des droits de douane sur l’acier et l’aluminium), 5 juin 2018.

[3] Source : Bureau du représentant américain au commerce, « Findings of the Investigation into China’s Acts, Policies and Practices Related to Technology Transfer, Intellectual Property and Innovation Under the Section 301 Act of the Trade Act of 1974 » (Conclusions de l’enquête sur les lois, politiques et pratiques chinoises relatives au transfert de technologie, à la propriété intellectuelle et à l’innovation en vertu de l’article 301 de la Loi de 1974 sur le commerce), 22 mars 2018.

[4] Sources : Franklin Templeton, Eugene Fama & Kenneth French. Données du 31 juillet 1936 au 31 décembre 2017.