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Perspectives

Enquête sur le monde de l’investissement à travers une optique ESG : Un aperçu des sujets clés aux États-Unis

Les thèmes environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) n’ont jamais été aussi présents à l’esprit des investisseurs qu’aujourd’hui. Les gestionnaires d’investissement varient toutefois considérablement dans leur façon d’envisager ou d’intégrer les critères ESG. De retour d’une série de conférences ESG aux États-Unis ayant réuni investisseurs, gestionnaires et scientifiques, Julie Moret, responsable de la gestion ESG chez Franklin Templeton, présente cinq sujets qui ont retenu son attention et que les investisseurs, intéressés par les questions ESG, devraient garder en tête.

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Les critères ESG font désormais partie intégrante du monde de l’investissement. Ils ne sont plus une préoccupation de niche, mais représentent un changement structurel durable pour le secteur. Ils continuent de susciter un intérêt et une prise de conscience croissants, comme en témoignent les chiffres de participation à deux grandes conférences ESG organisées aux États-Unis à la fin de l’année dernière.

La Conférence des Amériques sur l’investissement responsable (10e édition) et le Symposium du Conseil des normes comptables pour le développement durable (SASB) ont attiré un public record, y compris nos propres équipes, à leurs événements de décembre 2018.

Plus important à nos yeux que l’augmentation du nombre absolu de participants, nous constatons le nombre croissant de gestionnaires d’actifs traditionnels présents à ces événements. Cela indique, selon nous, à quel point le secteur prend cette question au sérieux.

Il subsiste toutefois de nombreuses interprétations de ce qu’implique exactement l’investissement ESG. À l’examen du paysage mondial de l’investissement, nous avons recensé cinq thèmes ESG qui, à notre avis, pourraient guider l’activité et les prises de décisions en 2019.

L’importance de l’intégration ESG

Notre expérience, y compris le retour d’expérience d’événements tels que la Conférence des Amériques sur l’investissement responsable et le Symposium SASB, indique que les clients attendent de plus en plus de leurs gestionnaires de fonds une approche intégrée des critères ESG.

Les constatations des branches américaine et européenne du Forum for Sustainable and Responsible Investment, l’USSIF et l’EUROSIF, ne font que confirmer ce point de vue.

Le dernier rapport de l’USSIF, « US Sustainable, Responsible and Impact Investing Trends », a révélé que l’intégration de l’ESG était la stratégie la plus souvent mentionnée par les gestionnaires d’actifs et les propriétaires ayant répondu à l’enquête, tant en termes d’actifs concernés que du nombre de gestionnaires qui y ont recours[1].

Une étude de marché de l’EUROSIF, publiée en novembre 2018, a montré que l’intégration ESG était l’approche la plus répandue et celle qui se développait le plus rapidement.[2]

Ceci étant, dans le monde de la gestion d’investissements, il reste de grandes différences de profondeur et d’amplitude dans le processus d’intégration ESG.

L’ESG comme différentiateur dans la gestion active

Nous pensons que la thématique ESG joue un rôle important pour la gestion active dans la mesure où elle éclaire la façon dont les entreprises gèrent des risques stratégiques souvent à long terme qui peuvent redéfinir l’avantage concurrentiel et, en définitive, la création de valeur à long terme pour les actionnaires.

Des données agrégées compilées en 2015 à partir de plus de 2 000 études empiriques ont révélé un lien entre les pratiques ESG et la performance financière des entreprises, la majorité d’entre elles ayant fait état de résultats positifs.

Nous considérons l’intégration des facteurs ESG parallèlement à l’analyse financière comme une forme d’investissement basée sur le risque, fondée sur une approche économique qui vise à évaluer à la fois les opportunités et les risques. Nous pensons que la combinaison de ces deux éléments approfondit notre analyse fondamentale et nous offre un outil supplémentaire de différenciation des entreprises.

Nos groupes d’investissement tiennent comptent depuis longtemps de considérations ESG importantes. L’introduction de jeux de données et d’outils alternatifs nous permet d’approfondir notre évaluation sur ces questions, d’enrichir notre dialogue avec les sociétés dans lesquelles nous investissons et d’identifier les lacunes en matière de divulgation de facteurs ESG.

Dans certains cas, il est possible d’amplifier les thèmes ESG afin de créer un produit orienté ESG et de satisfaire ainsi l’intérêt croissant des clients pour les produits dédiés à la durabilité.

De la réduction des émissions de carbone aux opportunités de la transition climatique

Au cours de mes années d’analyse ESG, j’ai constaté une évolution des intérêts manifestés par les gestionnaires d’investissement en matière climatique.

À l’origine, les discussions portaient principalement sur l’empreinte carbone. Cette focalisation s’expliquait en grande partie par l’introduction de la loi française sur la transition énergétique de 2015, qui imposait de déclarer l’empreinte carbone des portefeuilles et d’indiquer la manière dont les investisseurs soutenaient la transition vers une économie à faible intensité de carbone.

Plus récemment, j’ai vu apparaître une compréhension plus nuancée des risques climatiques. Les investisseurs se sont tournés davantage vers les opportunités d’investissement découlant de la transition climatique. À notre avis, il s’agit là d’une évolution positive.

Les intervenants de la Conférence des Amériques sur l’investissement responsable et du Symposium SASB s’accordent à dire que les marchés de capitaux ne prennent pas encore correctement en compte la transition vers une économie à faible intensité de carbone.

Les délégués ont estimé notamment que l’absence de stockage d’énergie à grande échelle et évolutif pourrait constituer un défi, de même que la nécessité de transformer les réseaux énergétiques existants pour soutenir la transition.

Le rôle de la gestion ESG dans le déblocage de l’innovation

Bon nombre des grands défis actuels relèvent de la thématique ESG, qu’il s’agisse des inégalités, du changement climatique, de l’émancipation des femmes ou de la croissance démographique.

Il n’est pas toujours aisé de déployer des capitaux dans ces domaines, mais nous pensons que l’utilisation de cadres de référence tels que les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies et la création de solutions d’investissement novatrices, comme l’investissement à impact social, peuvent appuyer de nouvelles opportunités d’investissement.

Par le passé, le rôle des grandes sociétés de gestion d’actifs dans le domaine de l’investissement à impact social (visant explicitement à générer des rendements financiers, mais aussi un impact social et environnemental qui soit mesurable et positif) — a suscité un certain scepticisme.

L’évolution du rôle de l’investissement public

Traditionnellement, les investissements à impact social ont été principalement le fait de véhicules privés offrant des avantages en termes de taille et de structure.

Les discussions de la Conférence des Amériques sur l’investissement responsable et du Symposium SASB suggèrent toutefois que cette attitude pourrait être en train de changer.

Tant les nouveaux que les anciens acteurs du domaine, qui ont pris la parole lors des tables rondes, ont estimé qu’il n’y avait généralement pas de concurrence directe pour les mêmes opérations entre les investisseurs publics et les investisseurs privés.

En outre, l’arrivée d’investisseurs publics dans cet espace pourrait offrir des opportunités de sortie aux acteurs plus petits et résoudre les problèmes de liquidité.

Les intervenants aux deux conférences ont également demandé une analyse plus poussée des possibilités d’utiliser les placements obligataires et en actions pour assurer une montée en échelle de l’investissement à impact social.

Nous sommes d’avis que, pour produire réellement un impact, les investisseurs doivent reconnaître la complexité des enjeux environnementaux et sociétaux et créer des solutions authentiques et crédibles pour éviter les accusations de « blanchiment vert » ou de création d’une « bulle » d’impact.

Les plastiques : un risque ESG émergent

L’impact de la pollution liée à la « culture de la facilité » est un thème de plus en plus présent dans les cercles ESG.

Les océans de la planète contiennent 150 millions de tonnes de plastique, et 8 millions s’y ajoutent chaque année[3]. À ce rythme, on prévoit que d’ici 2050, le plastique présent dans les océans pèsera plus lourd que tous les poissons.

Nous avons commencé à observer un changement dans le comportement des consommateurs et une pression réglementaire visant à décourager les plastiques à usage unique. Avec seulement 9% des plastiques recyclés dans le monde, il s’agit d’un domaine dans lequel les gouvernements ont à cœur d’agir.

L’Union européenne (UE) a établi l’objectif de recycler 90% du plastique d’ici 2025. Ce virage obligera les entreprises à réfléchir à des solutions d’économie circulaire.

La rentabilité du plastique est également en train de changer. La fabrication des matières plastiques est extrêmement énergivore. Le pétrole et le gaz représentent les deux tiers des coûts des intrants dans la production des plastiques, de sorte qu’une tarification efficace du carbone pourrait accroître considérablement les pressions sur les coûts.

Réglementation et droits des actionnaires

Nous avons constaté des divergences entre les organismes de réglementation en Europe et aux États-Unis sur les questions ESG.

Alors que l’Europe cherche à intégrer la durabilité dans ses marchés de capitaux, les entreprises américaines s’opposent de plus en plus à l’influence des investisseurs sur les facteurs de durabilité tels que le changement climatique.

Les investisseurs accordent une attention particulière à la Securities & Exchange Commission (SEC) et à l’évolution des normes en matière de résolutions d’actionnaires et de conseillers de vote par procuration.

D’après les discussions qui ont eu lieu lors de la Conférence des Amériques sur l’investissement responsable et du Symposium SASB, il nous semble évident que, malgré le lobbying accru des entreprises, les investisseurs continueront à faire pression sur les sociétés pour qu’elles s’attaquent aux facteurs ESG importants et à exercer leur droit de déposer des propositions au nom de leurs clients si nécessaire.

Nous croyons que les gestionnaires actifs ont un rôle à jouer pour encourager la divulgation par les entreprises d’informations ESG utiles à la prise de décision qui favoriseront l’évolution de la pratique ESG dans le secteur. Les cadres d’évaluation du SASB fournissent un outil utile qui, à notre avis, favorise un engagement constructif des entreprises.

Notre processus d’investissement continue d’évoluer pour refléter l’intégration de notre analyse ESG. C’est ce qui guide et oriente notre engagement auprès des entreprises en tant que gestionnaires actifs de l’argent de nos clients.

 

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Quels sont les risques ?

Tout investissement comporte des risques, y compris celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Les cours des actions sont soumis à des fluctuations, parfois rapides et importantes, en raison de facteurs affectant des entreprises individuelles et certains secteurs ou sous-secteurs, ou du fait des conditions générales de marché.

 

[1] Source : USSIF : US Sustainable, Responsible and Impact Investing Trends, octobre 2018.

[2] Source : EUROSIF : European SRI Study 2018, novembre 2018.

[3] Source : Forum économique mondial, The New Plastics Economy: Rethinking the future of plastics, janvier 2016