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Actions australiennes : un marché plus diversifié qu’on le ne croit

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Pour la plupart des investisseurs internationaux, les actions australiennes servent essentiellement à s’exposer au thème des matières premières, voire à la consommation en matières premières de la Chine. Et pourtant, ce marché est bien plus diversifié qu’on ne le pense, et les raisons d’investir dans les actions australiennes ne manquent pas. Andrew Sisson, Directeur général de l’équipe Franklin Templeton Balanced Equity Management (gestion équilibrée d’actions), basée à Melbourne, présente pour nous les principaux défis et opportunités du marché australien. Il revient aussi sur la baisse des taux d’intérêt opérée dernièrement par la Banque centrale australienne, et nous donne son opinion sur les perspectives de la politique monétaire et ses conséquences potentielles pour les investisseurs.

Andrew Sisson

Directeur général de l’équipe Balanced Equity Management

Analyste/gérant principal  

Andrew Sisson

Depuis dix ans, les États-Unis et la zone euro voient leurs économies mises en difficulté par des crises de la dette jusqu’à plonger dans la récession ; certes, les États-Unis sont largement remis de la crise des subprimes de 2008-2009, mais de nombreux pays européens souffrent toujours d’une crise de la dette souveraine. 

En comparaison, l’Australie s’en est plutôt bien sortie et a maintenu des taux de croissance positifs durant chacune des dix dernières années, avec une croissance annuelle moyenne depuis vingt ans supérieure à 3 %.[1] En 2012, la croissance de l’économie australienne a dépassé celle des États-Unis et de la zone euro. L’inflation et le chômage restent faibles, ce qui donne une marge de manœuvre à la banque centrale, et le secteur bancaire semble en bonne santé. Quant à la dette publique brute de l’Australie, elle représente 27 % du PIB, ce qui est un niveau nettement inférieur à celui d’autres économies développées, comme les États-Unis, le Japon et l’Allemagne.[2] En tenant compte des liquidités disponibles, la dette nette ne représente que 12 %.[3] 

Selon nous, ces chiffres expliquent pourquoi l’Australie a su éviter une grande partie des problèmes qui touchent d’autres pays développés et offrir ce que nous considérons comme des performances boursières satisfaisantes. 

Dépendance envers les matières premières – une arme à double tranchant

L’Australie est l’un des plus gros producteurs mondiaux de nombreuses matières premières, et son économie en récolte les fruits, notamment grâce à la demande chinoise. En effet, en dix ans, les prix mondiaux des exportations australiennes de ressources naturelles (en dollar américain) ont plus que triplé.[4] 

Toutefois, la dépendance australienne envers les ressources naturelles est une arme à double tranchant : en effet, elle est aujourd’hui partiellement remise en cause dans la mesure où elle ne peut plus compter sur la croissance exceptionnelle de l’économie chinoise. Selon nous, les niveaux de croissance de la Chine devraient ralentir, dans le cadre de la transition du pays vers un modèle axé sur la consommation intérieure.

Même si le recul de la croissance chinoise à des taux de l’ordre de 6-8 % a de quoi impressionner, étant donné la taille de l’économie, il faudra bien que les investisseurs et les autres pays s’adaptent à ce nouveau rythme inférieur à 10 %. Aujourd’hui, ce facteur représente une inconnue. Cela dit, nous adoptons une perspective de long terme, et la transition opérée par la Chine pourrait finir par se révéler favorable, dans la mesure où son économie deviendra moins tributaire des exportations, au bénéfice de la consommation, et que les dirigeants instaurent des réformes pour améliorer les marchés.Ces dix dernières années ont vu augmenter non seulement les volumes des exportations australiennes vers la Chine, mais également les prix. Il est fort possible que les volumes exportés continuent à croître, mais peut-être moins vite que par le passé. Selon nous, les prix des matières premières vont baisser à nouveau lorsque l’offre et la demande se seront rééquilibrées. 

 
Si les volumes d’exportations continuent à croître, l’impact sur l’emploi en Australie devrait être relativement modeste, mais la rentabilité des sociétés productrices de ressources naturelles pâtira peut-être d’une diminution des prix. Cela risque aussi d’avoir des effets défavorables sur les recettes publiques, d’où l’importance d’une approche de gestion active, consistant à sélectionner minutieusement les entreprises individuelles présentant les meilleures perspectives à long terme. Nous prêtons attention aux tendances macroéconomiques, mais nous suivons une approche bottom-up lors de la sélection et des arbitrages de valeurs au sein de nos portefeuilles.

Le rééquilibrage de l’économie australienne
Les autorités australiennes ont mis en place des mesures pour rééquilibrer l’économie et réduire sa dépendance envers les cycles du marché des matières premières. Il est très difficile de dire si ces initiatives sont efficaces, mais l’objectif est d’aider certains secteurs à monter en puissance lorsque d’autres ralentissent, afin de maintenir un taux de croissance correct au sein de l’économie.

Même si par rapport aux pays occidentaux, une très grande part de l’économie australienne est liée aux ressources naturelles, dans l’absolu, cette proportion n’est pas si élevée – elle est plus basse que ne le supposent de nombreux investisseurs internationaux. En effet, le secteur des services est celui qui est le plus développé en Australie, puisqu’il représente près de 70 % du PIB[5], alors qu’à peine 5 % de la population active travaille directement ou indirectement dans les secteurs des ressources naturelles. 

Cependant, il est vrai que ces dix dernières années, les recettes publiques australiennes sont devenues très dépendantes de la croissance des exportations de matières premières, dans le sillage de la hausse des prix constatée sur cette même période. À son pic, le secteur des ressources naturelles représentait près d’un tiers du marché actions australien ;  aujourd’hui, il ne compte plus que pour un quart environ, mais il abrite une grande part des entreprises dans lesquelles nous sommes susceptibles d’investir. L’évolution des valeurs des ressources naturelles influe incontestablement sur les indices boursiers australiens. 

La devise locale entre également dans l’équation. Ces dix dernières années, le dollar australien s’est apprécié à mesure que progressaient les prix des matières premières. Cela a eu pour conséquence d’affaiblir les secteurs manufacturiers non liés aux matières premières, ainsi que ceux des services, tout en libérant des ressources déployées dans la production minière. 

Maintenant, ce que nous attendons, c’est une inversion de ce processus : autrement dit, comme le secteur minier ralentit, nous espérons que le dollar australien va suffisamment baisser pour renforcer la compétitivité des secteurs des services et d’autres segments de production manufacturière pour compenser. Dans l’immédiat, cela ne bénéficiera peut-être pas aux investisseurs étrangers détenant des actions australiennes (à moins qu’ils ne puissent couvrir leur exposition à la devise), mais dans l’idéal, le dollar australien se stabilisera à des niveaux plus faibles. 

L’Aussie a déjà baissé cette année (presque -15 % contre le dollar américain), mais il atteint encore des niveaux historiquement élevés. Ainsi, dans les années 90, un dollar australien valait environ 0,7 dollar américain, mais désormais le taux de change atteint presque 0,9.[6] Selon moi, si les prix des matières premières reculent, il faudra que le dollar australien se déprécie encore pour que les exportateurs locaux restent compétitifs.

Le rôle de la banque centrale

Un assouplissement des politiques monétaires est l’une des raisons qui peuvent conduire une devise à se déprécier. Contrairement à la plupart des autres économies développées, l’Australie a des taux d’intérêt réels positifs. En effet, l’inflation australienne s’établit à environ 2,5 % en glissement annuel (selon l’indice des prix à la consommation), tandis que jusqu’à il y a peu, les taux d’intérêt à court terme se montaient à 4 % : les taux réels (corrigés de l’inflation) atteignaient donc 1,5 %, permettant ainsi à la banque centrale de baisser ses taux depuis un an. Aujourd’hui, le taux de prêt de référence à court terme ayant été ramené à 2,5 % en août, les taux réels ont diminué à un niveau proche de zéro, et on ne sait pas encore combien d’autres baisses sont possibles. 

L’intervention future de la banque centrale dépendra de l’orientation de l’économie. Si celle-ci déçoit, on peut s’attendre à d’autres réductions des taux ; en revanche, si la dépréciation de l’Aussie permet de revitaliser les secteurs économiques non exposés aux ressources naturelles, alors peut-être que la banque centrale mettra fin à son cycle de baisse des taux. 

Toutefois, cette équation est soumise à un risque. Depuis six ans, l’Australie est gouvernée par les Travaillistes, qui ont perdu la majorité absolue au Parlement il y a trois ans. Les élections australiennes auront lieu en septembre, et les changements qui pourraient avoir lieu dans le corps législatif sont susceptibles d’affecter le marché actions local. Dans l’ensemble, nous pensons néanmoins que l’Australie progresse bien et offre des opportunités d’investissement intéressantes.

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Quels sont les risques ?

Tout investissement comporte des risques, notamment celui de ne pas récupérer l’intégralité du capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Les cours des actions sont soumis à des fluctuations, parfois rapides et importantes, en raison de facteurs affectant les entreprises individuelles et certains secteurs ou sous-secteurs, ou du fait des conditions générales de marché. Les investissements à l’étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l’instabilité économique et l’évolution de la situation politique. Les investissements sur les marchés en développement présentent d’ailleurs des risques accrus par rapport aux mêmes facteurs, en plus de ceux associés à leur taille inférieure et à leur liquidité plus limitée.


[1] Source : Bureau des Statistiques australien.

[2] Source : © 2013, Fonds Monétaire International, Base de données des Perspectives de l’économie mondiale. Dette publique brute totale.

[3] Source : © 2013, Fonds Monétaire International, Base de données des Perspectives de l’économie mondiale. Dette publique nette totale.

[4] Source : gouvernement australien, ministère des Affaires étrangères et du commerce.

[5] Source : CIA, The World Factbook.

[6] Au 8 août 2013.