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L’évolution des marchés du MENA

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La série de manifestations et de soulèvements qui a éclaté au Moyen-Orient en 2011, et que l’on a surnommée « printemps arabe », n’a pas encore débouché sur les réformes politiques et économiques fondamentales espérées par de nombreuses personnes. L’année dernière, des poches de conflits et de troubles sociaux ont continué à dominer l’actualité de certains pays de la région, preuve que le progrès peut être douloureux. Néanmoins, certains investisseurs avisés ont réalisé que la situation de ces pays ne se résumait pas à ces événements et que les marchés boursiers de la région Moyen-Orient/Afrique du Nord (MENA) enregistraient globalement des performances vigoureuses (plusieurs figurant en fait parmi les meilleurs au monde). Les deux membres de notre équipe locale dédiée à la gestion d’actifs basée à Dubaï, Bassel Khatoun et Salah Shamma, co-responsables Actions MENA, partagent leur point de vue sur les raisons qui rendent les perspectives de la région (et de ses marchés) attractives pour les investisseurs à long terme.

Bassel Khatoun, co-responsable Actions MENA, Gestion d’actifs locale

Salah Shamma
Salah Shamma

Salah Shamma, co-responsable Actions MENA, Gestion d’actifs locale

 Dans l’ensemble, l’année 2013 a été très positive pour les actions du MENA. L’indice S&P Pan-Arab Composite a enregistré une performance robuste de 21,74 % (en dollar américain),[1] devançant ainsi nettement l’indice MSCI Emerging Markets (-4,98 %).[2] La région du MENA abrite aussi le deuxième marché le plus performant au monde (derrière le Venezuela) : l’indice Dubai Financial Markets General a enregistré la progression stupéfiante de 117,07 % (en dollar américain).[3] Parallèlement, l’indice ADX General, dans l’émirat voisin d’Abou Dhabi, a aussi décollé de 63,08 % après avoir atteint des niveaux extrêmement bas.[4]

Parmi les facteurs macroéconomiques mondiaux à l’origine de la performance solide de la région l’année dernière figure l’abondance continue de liquidités fournies par les banques centrales, et plus particulièrement la Réserve fédérale américaine (Fed) par le biais de son programme d’assouplissement quantitatif. De plus, de nombreuses banques centrales à travers le monde ont indiqué que les taux d’intérêt resteraient bas tant que l’inflation serait modérée. Dans un contexte de taux d’intérêt faibles, nous pensons que la quête de rendement accru des investisseurs les a certainement incités à se tourner de nouveau vers les pays du MENA, aux fondamentaux globalement solides. De plus, depuis mai 2013, l’ancrage des devises du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) sur le dollar américain a permis aux actions du CCG d’éviter une grande partie de la volatilité des changes subie par d’autres économies des marchés émergents au troisième trimestre, quand les discussions autour d’un possible « tapering » de la Fed se sont intensifiées. Le CCG est une organisation de coopération politique et économique regroupant six pays du MENA : l’Arabie Saoudite, les Émirats Arables Unis (ÉAU), le Qatar, Oman, Bahreïn et le Koweït. Seul le Koweït ne maintient pas un ancrage au dollar américain, même s’il est arrimé à un panier de devises très probablement fortement pondéré en fonction du billet vert.

Bassel Khatoun
Bassel Khatoun

La croissance économique de la région MENA reste vigoureuse, en partie grâce aux efforts continus visant à diversifier les économies CCG et à les affranchir de leur dépendance aux hydrocarbures. Le Fonds monétaire international (FMI) prévoit que la croissance liée au pétrole des pays du CCG ne sera que de 0,4 % en 2013 et de 1,5 % en 2014, contre une croissance non pétrolière de 5,0 % en 2013 et 5,3 % en 2014.[5]

À terme, nous pensons que les arguments en faveur des actions du MENA sont solides, car la région continue de s’affirmer comme un sous-ensemble indépendant et identifiable au sein de l’univers global des marchés émergents. Grâce à la nette envolée des prix du pétrole lors de la dernière décennie, les économies du GCC figurent parmi les plus riches et les plus dynamiques au monde. Des excédents budgétaires exceptionnels ont permis aux États exportateurs de pétrole de rembourser leur dette et de constituer des réserves de change abondantes. Par conséquent, leur note de crédit a convergé vers celle des économies développées les plus solides. Un environnement favorable en matière de prix du pétrole a aussi permis la mise en œuvre de mesures budgétaires pro-croissance par le biais de budgets publics sans précédent et de prêts bancaires accélérés. Ces facteurs ont instauré un climat positif pour 2013, contrastant fortement avec les discussions sur les mesures d’austérité et les restructurations qui ont résonné à travers une grande partie des pays développés.

Les conditions de liquidité se sont aussi sensiblement améliorées sur les marchés du MENA en 2013. La région a connu une augmentation importante de ses entrées de capitaux avec près de 4 milliards USD, tandis que sur la même période les sorties nettes se sont élevées à environ 19 milliards USD sur les marchés émergents.[6]  De plus, les volumes de transaction sur les actions ont augmenté de plus de 75 % en 2013 (hors Arabie saoudite),[7] les investisseurs locaux et étrangers ayant finalement commencé à reconnaître certaines opportunités offertes par la région.

Le Qatar et les ÉAU sous le feu des projecteurs

Une étape importante a également été franchie avec la décision du fournisseur d’indices MSCI de relever le statut du Qatar et des ÉAU de « marchés frontières » à « émergents » dans ses indices actions à partir de mai 2014. Cette initiative a sans aucun doute renforcé le statut des marchés actions du CCG et devrait inciter les investisseurs institutionnels étrangers et les adeptes de la gestion passive ou indicielle à s’y exposer.

De plus en plus, ces deux pays semblent attirer l’attention, sur de nombreux fronts. Le Bureau international des expositions (qui compte 167 pays-membres) a choisi Dubaï pour organiser pour la toute première fois l’Exposition universelle au Moyen-Orient en 2020. Deux ans plus tard, le Qatar accueillera la Coupe du monde de la FIFA 2022. Ces événements permettront de se concentrer sur des projets de dépenses ambitieux, pour la plupart déjà en cours, et qui selon nous pourraient présenter des opportunités intéressantes pour les investisseurs en actions.

Même si des poches de conflits persistent dans certains pays, la stabilisation globale de l’environnement politique a contribué à la performance des actions du MENA en 2013. En Syrie, la guerre civile semble en grande partie sous contrôle à l’heure actuelle, la menace d’une intervention militaire américaine ayant été rapidement écartée l’année dernière, réduisant le risque de contagion au sein de la région. De même, fin 2013, les tensions entourant le programme nucléaire iranien se sont visiblement calmées grâce à des négociations internationales de haut niveau. Ces facteurs ont été à l’origine d’une réévaluation de la prime de risque des actions de la région, qui a aussi bénéficié aux bourses locales.

Un environnement macroéconomique solide dans un contexte mondial difficile

Nous pensons que le printemps arabe et les nombreuses incertitudes qu’il a apportées sont maintenant derrière nous, et que les marchés du MENA sont finalement mieux placés pour opérer un redressement attendu de longue date. La performance favorable des actions du MENA en 2013 conforte notre opinion à long terme selon laquelle la région offre l’un des environnements macroéconomiques les plus favorables dans un contexte mondial difficile. C’est également une nette rupture avec les dernières années de sous-performance. La liquidité plus abondante sur le marché et la confiance accrue dans l’environnement politique témoignent de la prise de conscience progressive des investisseurs locaux et internationaux à l’égard des opportunités offertes par les actions du MENA.

Les performances hétérogènes des marchés de la région permettent également de souligner un point important. Malgré les divers liens économiques, politiques et culturels qui unissent la région du MENA, cette dernière est toujours composée de 11 pays variés à différentes étapes de leur développement économique et affichant des dynamiques économiques contrastées. Cette caractéristique continuera d’offrir des opportunités de diversification intéressantes au sein de la région.

Notons que la région du MENA peut toujours abriter des risques géopolitiques imprévisibles et potentiellement préjudiciables. Malgré tout, nous pensons que la région pourrait continuer de bénéficier de la liquidité toujours plus élevée sur les marchés et de la possibilité du maintien de taux d’intérêt faibles pendant encore quelque temps. Les arguments en faveur des actions du MENA nous semblent convaincants et de nombreux pays de la région sont selon nous sur une trajectoire positive à long terme.

Le potentiel du marché actions de la région nous paraît évident, car malgré les gains enregistrés en 2013, de nombreux marchés du MENA se négocient toujours à des niveaux historiquement bas, ce qui témoigne de leur potentiel dans un environnement où les bénéfices des entreprises continuent de croître.

En outre, les analyses montrent que les actions du MENA sont globalement peu corrélées aux indices mondiaux. En effet, leur corrélation aux actions des marchés développés est bien plus faible (0,23 ces trois dernières années) que celle des actions des marchés émergents (0,70 sur la même période[8]). Par conséquent, nous pensons que les actions du MENA constituent une façon intéressante de diversifier les portefeuilles des investisseurs.[9]

 

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Quels sont les risques ?

Tout investissement comporte des risques, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. D’une manière générale, les investissements offrant des performances potentielles plus élevées sont associés à un risque également plus élevé. Les cours des actions sont soumis à des fluctuations, parfois rapides et importantes, en raison de facteurs affectant les entreprises individuelles et certains secteurs ou sous-secteurs, ou du fait des conditions générales de marché. Les investissements à l’étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l’instabilité économique et l’évolution de la situation politique. Investir dans les marchés émergents, y compris dans la sous-catégorie des marchés frontières, implique des risques accrus concernant ces mêmes facteurs, lesquels s’ajoutent aux risques liés à leur plus petite taille, à leur liquidité inférieure et à l’absence d’un cadre juridique, politique, commercial et social établi pour soutenir les marchés boursiers. Puisque ces cadres sont généralement bien moins répandus sur les marchés frontières, et en raison de différents facteurs, notamment le risque accru de volatilité extrême des cours, d’absence de liquidité, de barrières commerciales et de contrôles sur les taux de change, les risques associés aux marchés émergents sont amplifiés sur les marchés frontières.


[1] Source : ©2014. FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les informations contenues dans le présents document : (1) appartiennent à FactSet Research Systems Inc. et/ou ses fournisseurs de contenu, (2) ne peuvent être reproduites ou diffusées, et (3) ne sont pas garanties en termes de fiabilité, d’exhaustivité ou de pertinence. FactSet Research Systems Inc. et ses fournisseurs de contenus déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages ou pertes résultant d’une utilisation de ces informations. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. Copyright © 2014, S&P Dow Jones Indices LLC. Tous droits réservés. La reproduction des données de l’indice S&P Pan Arab Composite sous quelque forme que ce soit est interdite sans le consentement préalable écrit de S&P. S&P ne garantit pas l’exactitude, l’adéquation, l’exhaustivité ni la disponibilité de ces données et ne saurait être tenu responsable d’éventuelles erreurs ou omissions, quelle qu’en soit la raison, ni des résultats obtenus à partir de l’usage de ces données. S&P NE DONNE AUCUNE GARANTIE EXPRESSE OU IMPLICITE, Y COMPRIS ET SANS LIMITATION, CONCERNANT LA VALEUR COMMERCIALE OU L’ADÉQUATION DES INFORMATIONS DESTINÉES À UNE UTILISATION DONNÉE. S&P ne saurait en aucun cas être tenu responsable d’éventuels dommages directs, indirects, spéciaux ou secondaires, ni des éventuels coûts, dépenses, frais juridiques ou pertes (y compris la perte de revenu, le manque à gagner et les coûts d’opportunité) liés à l’utilisation des données de l’indice S&P Pan Arab Composite par l’abonné ou par toute autre personne. Les indices ne font l’objet d’aucune gestion et il n’est pas possible d’y investir directement.

[2] Source : © 2014. FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les informations contenues dans le présents document : (1) appartiennent à FactSet Research Systems Inc. et/ou ses fournisseurs de contenu, (2) ne peuvent être reproduites ou diffusées, et (3) ne sont pas garanties en termes de fiabilité, d’exhaustivité ou de pertinence. FactSet Research Systems Inc. et ses fournisseurs de contenus déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages ou pertes résultant d’une utilisation de ces informations. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. © 2014 Morgan Stanley Capital Index (MSCI). MSCI n’apporte aucune garantie, expresse ou implicite, ni ne fait aucune déclaration, et n’assume aucune responsabilité quant aux données de MSCI contenues dans le présent document. La redistribution des données de MSCI ou leur utilisation en lien avec d’autres indices, titres ou produits financiers n’est pas autorisée. Le présent rapport n’est ni approuvé, ni révisé, ni produit par MSCI. Les indices ne font l’objet d’aucune gestion et il n’est pas possible d’y investir directement. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. Performances en rythme annualisé, pour la période d’un an clôturée le 31 décembre 2013. 

[3]  Source : ©2014. FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les indices ne font l’objet d’aucune gestion et il n’est pas possible d’y investir directement. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. Performances en rythme annualisé, pour la période d’un an clôturée le 31 décembre 2013.

[4]  Source : ©2014. FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les indices ne font l’objet d’aucune gestion et il n’est pas possible d’y investir directement. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. Performances en rythme annualisé, pour la période d’un an clôturée le 31 décembre 2013.

[5]  Source : Perspectives de l’économie mondiale du FMI, octobre 2013. Copyright © 2013, Fonds monétaire international. Tous droits réservés.

[6] Source : Deutsche Bank Research.

[7] Source : Ibid.

[8] Source : ©2014. FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Période de 3 ans clôturée le 31 décembre 2013.

[9] La diversification n’est pas une garantie de gain, ni de protection contre les pertes.