Beyond Bulls & Bears

Sur le marché en croissance des Sukuk, la Malaisie domine

Cet article est également disponible en: Anglais

La finance islamique fait l’objet d’un intérêt soutenu qui ne se limite plus au monde musulman. La popularité des investissements conformes aux principes de la charia ne se dément plus et la Malaisie est devenue une plaque tournante pour les émissions de Sukuk.

Ces instruments de financement sont similaires aux obligations traditionnelles, mais présentent des caractéristiques intrinsèques qui leur confèrent certains avantages très appréciés des investisseurs en matière de gestion du risque. Leur structure est effectivement particulière puisque la loi islamique interdit de prélever des intérêts. Dans les faits, l’émetteur de Sukuk vend à un groupe d’investisseurs un certificat basé sur un actif sous-jacent, qu’il loue ensuite moyennant des frais déterminés d’avance. La gestion du risque revêt donc un aspect collectif. Alors qu’une obligation lie son émetteur à une promesse de rachat du titre à la valeur nominale, un Sukuk doit procurer des rendements et des flux de trésorerie basés sur les actifs financés, c’est-à-dire sur la performance générée par ceux-ci. Par définition, un Sukuk représente la propriété des actifs, alors qu’une obligation est simplement un titre de créance émis pour l’investisseur. 

De plus, les transactions financières soumises à la loi islamique nous paraissent plus attrayantes pour les investisseurs, car elles sont soumises à des principes, ou à des règles, qui limitent notamment l’exposition à un endettement ou à un risque excessif. Ainsi, les instruments dérivés complexes sont interdits par la charia. Comme tous les investissements, les Sukuk présentent évidemment certains risques, notamment le risque de crédit puisque aucune garantie n’est donnée sur la performance. À ce titre, ils ne diffèrent pas des obligations, mais il faut souligner que la gestion du risque représente une préoccupation croissante pour les investisseurs.

Hanifah Hashim, responsable des obligations pour Franklin Templeton en Malaisie, nous livre son point de vue sur l’avenir des Sukuk l’an prochain, ainsi que sur les raisons du succès de la Malaisie comme marché favori des émetteurs pour cette catégorie d’actif.

Hanifah Hashim

Hanifah Hashim
Hanifah Hashim

Directrice exécutive,

Responsable des obligations et Sukuk en Malaisie

La Malaisie est l’un des pionniers de la finance islamique moderne, qui coexiste avec les marchés financiers traditionnels. Dans son plan directeur concernant les marchés de capitaux, la Commission sur les valeurs mobilières de la Malaisie prévoyait en 2001, entre autres initiatives, de faire du pays un haut lieu de la finance islamique internationale. Le Centre financier islamique international (MIFC) a été créé dans ce but en 2006.

Le marché financier malaisien est habituellement perçu par les investisseurs comme défensif en Asie, en raison de sa relative stabilité. Dans l’ensemble la volatilité n’y est pas très élevée. Les émetteurs privilégient donc les marchés d’obligations et de Sukuk de Malaisie, où la demande est supérieure à l’offre sur le segment investment-grade. Les efforts du MIFC pour se positionner à l’avant-plan dans le domaine de la finance islamique ont permis le développement d’infrastructures de classe mondiale fondées sur la charia, notamment un cadre juridique établi, un centre universitaire et de partage des connaissances international et un marché de capitaux dynamique. C’est ainsi que la Malaisie abrite le premier marché de Sukuk en circulation au monde.

Rétrospective sur l’année : élection et réforme budgétaire

Pour évaluer le marché malaisien des Sukuk en monnaie locale, nous avons étudié le marché obligataire local. Celui-ci a enregistré des performances relativement modestes au premier trimestre 2013, à l’exception d’un spasme de début d’année, provoqué par la perspective d’une élection législative imminente. La plupart des investisseurs sont restés prudents, appréhendant toutes les incertitudes politiques portées par l’issue de ce scrutin. Les cours ont commencé à intégrer la possibilité d’un statu quo à l’approche de la date fatidique (le 5 mai), et se sont ajustés dès le lendemain, une fois que la reconduction du parti au pouvoir avait écarté tout risque politique. Le rendement de l’obligation d’État à 10 ans en monnaie locale (bons du Trésor de la Malaisie) s’est resserré à 3,06 % et son homologue Sukuk s’est ajusté à 3,38 %.¹

Toutefois, la volatilité s’est réveillée en juin, lorsque la Réserve fédérale américaine a annoncé son intention de commencer un jour à cesser (ou à réduire) son programme d’assouplissement quantitatif, et a même été exacerbée fin juillet par la dégradation de la perspective de Fitch (de « stable » à « négative ») en raison de l’état des finances publiques du pays. Il faut cependant préciser que les deux autres grandes agences de notation ont maintenu des perspectives « stables ».

Le gouvernement malaisien a réagi prestement, annonçant des mesures destinées à renforcer la situation financière du pays lors du dépôt du budget en octobre. Les réformes annoncées comprenaient notamment la rationalisation des subventions et la suppression de certaines d’entre elles. Les produits pétroliers utilisés pour le transport ont notamment fait l’objet de mesures de soutien depuis 1983, représentant une part significative des dépenses exploitation de l’État. En septembre, pour la première fois en deux ans, la subvention au carburant a été réduite, permettant une économie d’environ 3,3 milliards de ringgits (1 milliard de dollars américains) selon le premier ministre Najib Razak. Le budget 2014 prévoit également de supprimer la subvention accordée au sucre.

De plus, le gouvernement a pour objectif de ramener son déficit budgétaire à 3,5 % en 2014 (4 % en 2013) et prévoit une croissance de 5-5,5 % (4,5-5 % en 2013)². Ces mesures ont prouvé que les pouvoirs publics étaient déterminés à restaurer les finances publiques et pourraient lui permettre de conserver son « A » si convoité.

Ces efforts semblent commencer à porter leurs fruits, puisque le 20 novembre, Moody’s a annoncé que la perspective de la Malaisie était « positive ». Durant cette période d’incertitudes sur les marchés, les Sukuk ont été moins volatils que les bons du Trésor de la Malaisie, puisqu’ils sont en général détenus par des investisseurs placés dans une perspective de long terme.

Les Sukuk peuvent ils faire office de rempart contre la volatilité ?

Nous anticipons une poursuite de la volatilité au sein des marchés mondiaux puisque l’alternance entre aversion et appétit pour le risque est devenue la norme dans un monde qui doit s’ajuster à la fin annoncée des plans d’assouplissement quantitatif. Toutefois, nous pensons que les Sukuk libellés en ringgit, émis par l’État ou par des sociétés, devraient tirer leur épingle du jeu grâce à une abondance de liquidités sur le plan local qui permettra de soutenir les nouvelles émissions et d’absorber d’éventuelles décollectes. Ainsi, le Sukuk malaisien nous semble mériter sa place dans le portefeuille des investisseurs, en raison de sa capacité à absorber la volatilité et grâce à un volume de liquidités suffisant pour soutenir la demande et limiter les effets des sorties de capitaux à court terme.

Nous pensons que les investissements conformes à la finance islamique, en particulier les Sukuk, devraient continuer à enregistrer de bonnes performances, particulièrement à la lumière d’une demande forte et constante (principalement de la part des établissements financiers islamiques, des gestionnaires d’actifs et des particuliers fortunés). En outre, la demande en classes d’actifs moins corrélées aux marchés, tels que les titres conformes à la charia, se confirme.

Mentions légales importantes

Tout investissement comporte des risques, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. Les cours des obligations évoluent généralement à l’inverse des taux d’intérêt. Ainsi, lorsque les taux d’intérêt augmentent, la valeur d’un portefeuille obligataire peut reculer. Les investissements à l’étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l’instabilité économique et l’évolution de la situation politique. Investir dans les marchés en développement implique des risques accrus concernant ces mêmes facteurs, lesquels s’ajoutent aux risques liés à leur plus petite taille, à leur liquidité inférieure et à l’absence d’un cadre légal, politique, commercial et social établi pour soutenir les marchés boursiers. De tels investissements peuvent connaître une volatilité importante des prix quelle que soit l’année concernée.


¹ Source : Bank Negara Malaysia, mai 2013.

² Source : Ministère des finances de la Malaisie, Rapport économique 2013/2014, octobre 2013 Copyright © 2011, Ministère des finances. Tous droits réservés.

Publié il y a Non classé