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Relancer la croissance au Brésil

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Il y a plus de dix ans, le Brésil a été intégré dans un groupe d’élite réunissant les plus grandes puissances parmi les marchés émergents, avec  la Russie, de l’Inde et de la Chine : les pays « BRIC ». Cette appellation s’est largement vérifiée durant les cinq premières années , mais depuis lors, le Brésil est davantage considéré comme un marché émergent présentant un fort potentiel qui bien souvent a manqué de se réaliser. Les investisseurs long terme au Brésil restent toutefois optimistes, car le pays conserve de bonnes perspectives de croissance à long terme et se prépare à accueillir deux événements sportifs internationaux majeurs, lançant ainsi une course à l’infrastructure avant l’arrivée massive de visiteurs étrangers. Le Brésil sera-t-il prêt dans les temps ? De plus, et peut-être le plus important pour les investisseurs, ces événements et ces projets d’infrastructures permettront-ils de relancer la croissance du Brésil et inciteront-ils le gouvernement à prendre des mesures plus favorables au marché ? Notre Directeur des investissements spécialisé dans les obligations brésiliennes, Marco Freire, nous fait part de ses perspectives encourageantes mais mesurées.

 

Marco Freire

Marco Freire
Marco Freire

Vice-président, Directeur des investissements en obligations brésiliennes,

gérant de portefeuille

 

En tant que pays organisateur de la Coupe du monde de football 2014 en juin et des Jeux olympiques d’été 2016, le Brésil attire de plus en plus les regards du monde entier. Mais l’image que le pays renvoie au monde n’est pas sans défaut. Même si le Brésil n’a que peu souffert de la récession de 2009 et que son économie a opéré un rebond marqué en 2010, sa croissance s’est nettement décélérée depuis. Nous pensons que les investissements importants liés à l’organisation de la Coupe du monde de football et des Jeux olympiques pourraient doper l’économie grâce aux projets d’infrastructures grandement nécessaires. Mais la capacité du pays à mener à bien ces projets dans les temps est mise en doute, tout comme son aptitude à assurer la sécurité de l’événement. Le pays est également confronté à des protestations de grande envergure portant sur la corruption, sur le manque, voire l’absence de services publics, et sur la hausse du coût de la vie. Même si nous constatons des progrès dans le développement des infrastructures dans les grandes villes, les fondamentaux solides de l’économie brésilienne se sont dégradés ces deux dernières années. Les actifs financiers du Brésil se sont révélés particulièrement fragiles dans cet environnement : les prévisions de croissance ont été abaissées, la devise s’est nettement dépréciée et le déficit courant s’est creusé. De plus, la confiance des investisseurs a reculé en raison des incertitudes entourant la politique du gouvernement, ainsi que de son interventionnisme et de son protectionnisme insidieux. Sans compter que le gouvernement a réclamé des arriérés d’impôts conséquents auprès d’une société minière et d’autres grandes entreprises, ce qui a encore pesé sur le sentiment à l’égard du Brésil. La Cour suprême du pays débat actuellement sur l’éventualité d’obliger les banques à rembourser les clients en cas de pertes dues à des politiques gouvernementales datant de plus de 20 ans. Selon nous, une telle décision pourrait avoir un impact considérable sur les banques brésiliennes et peser sur l’activité de crédit.

 

Nous pensons qu’à terme, le ralentissement de l’activité économique au Brésil devrait persister, comme le montrent les dernières enquêtes de conjoncture et le durcissement des conditions financières. Malgré le ralentissement de la croissance au Brésil, la banque centrale a dû relever son taux directeur à 11,0 % en avril 2014, après un plus bas record de 7,25 % instauré en 2012, en vue de contenir l’inflation persistante. Les investisseurs craignent toujours une détérioration des perspectives budgétaires du pays, plus particulièrement depuis que Standard and Poor’s (S&P) a abaissé la note de crédit à long terme du Brésil de BBB à BBB- en mars, même si cette dégradation avait été largement anticipée par le marché. Toutefois, malgré l’aggravation de son déficit courant, le Brésil continue d’afficher un excédent primaire suffisamment important pour stabiliser son ratio dette nette/produit intérieur brut. Fin février, ce ratio était bien inférieur à celui des États-Unis et de la plupart des pays d’Europe occidentale, malgré le durcissement des exigences en matière de service de la dette.

 

Malgré ces facteurs défavorables, il existe des catalyseurs potentiels capables de générer des opportunités d’investissement à terme. Selon nous, les réserves de change du Brésil demeurent élevées par rapport à sa dette extérieure et la dépréciation du réal face au dollar américain devrait se poursuivre, ce qui contribuerait à réduire le déficit courant du Brésil (même si nous pensons qu’il risque également d’alimenter l’inflation). De plus, l’impact négatif du ralentissement de la croissance pourrait favoriser les obligations brésiliennes de certains grands émetteurs et les valorisations sont de plus en plus attractives. La courbe des taux d’intérêt réels reste au-dessus de son niveau d’équilibre du fait des risques pesant sur la viabilité budgétaire et des déséquilibres économiques du pays. Ces risques (principalement une surchauffe potentielle de la demande intérieure et un déficit courant de 3,69 % du PIB sur la période de 12 mois à fin février[1]) devraient s’atténuer au cours des prochaines années, du fait du resserrement de la liquidité dans l’économie et de l’alourdissement du fardeau fiscal, ce qui constitue un environnement potentiellement favorable pour les obligations brésiliennes.

 

Nous tablons également sur une amélioration potentiellement significative du sentiment des investisseurs. Le gouvernement brésilien est vraisemblablement conscient que les ajustements politiques nécessaires pour atténuer l’inflation et redresser les finances publiques sont susceptibles de peser sur la croissance à court terme. Après les élections présidentielles d’octobre, le gouvernement devrait toutefois orienter sa politique davantage en faveur du marché et se montrer moins interventionniste. Il nous semble que le gouvernement a déjà commencé discrètement à atténuer les excès hérités de ses politiques passées —notamment en ramenant l’objectif d’excédent primaire à 1,9 % du PIB et en réduisant progressivement la croissance du crédit des banques publiques—et même la réélection de la présidente Dilma Rousseff pourrait se traduire par des ajustements susceptibles de restaurer la confiance des investisseurs. Le durcissement de la politique budgétaire, qui devrait selon nous intervenir au cours des deux prochaines années, et la dissipation des incertitudes entourant la politique budgétaire pourraient générer de nouvelles opportunités d’investissement sur le segment obligataire, du fait des primes de risque attrayantes sur la courbe des taux locale. Le rendement des obligations brésiliennes à cinq ans libellées en devise locale s’élevait à 12,35 % le 7 avril, ce qui paraît intéressant comparé à d’autres marchés de la dette en devise locale, que ce soit dans les pays développés ou émergents.[2] Par exemple, à la même date, les obligations à cinq ans affichaient un rendement de 1,68 % aux États-Unis, contre 3,16 % en Corée du Sud et 5,1 % au Mexique.[3] La banque centrale brésilienne a revu à la hausse ses prévisions d’inflation de 5,7 % à 6,1 % pour 2014, mais elle pourrait se révéler inférieure. Néanmoins, le Brésil continue à offrir l’un des taux réels les plus élevés du monde.

 

Nous sommes également conscients que la pression exercée par les mouvements sociaux demandant une amélioration des services en matière de santé, d’éducation et de transport public pourrait potentiellement représenter une aubaine pour les entreprises locales de ces secteurs. Le marché a déjà largement anticipé un scénario négatif concernant l’économie brésilienne et une amélioration de ces prévisions baissières pourrait entraîner des gains inattendus pour de nombreuses classes d’actifs, notamment dans certains secteurs et pour certaines valeurs. Lorsque les incertitudes budgétaires et politiques se seront dissipées, les atouts du Brésil en tant que troisième exportateur mondial de produits alimentaires et de grand exportateur de pétrole reviendront au premier plan. Le Brésil compte aussi une base de recherche d’envergure internationale dans les biotechnologies et dans l’exploration d’hydrocarbures en eaux profondes, ainsi que plusieurs entreprises locales innovantes qui bénéficient largement de l’expansion considérable de la classe moyenne ces 20 dernières années.

 

Il se peut qu’il ne soit plus le marché émergent préféré des investisseurs, mais le pessimisme dont il fait l’objet aujourd’hui semble exagéré au vu de ses fondamentaux, qui fournissent à certains investisseurs des opportunités vraisemblablement délaissées par d’autres.

 

Les commentaires, les opinions et les analyses de Marco Freire sont fournis à titre d’information uniquement et ne constituent pas des conseils d’investissement individuels, des recommandations à investir dans un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, secteurs, investissements ou stratégies cités.

 

 

Quels sont les risques ?

Tout investissement comporte des risques, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Les cours des actions sont soumis à des fluctuations, parfois rapides et importantes, en raison de facteurs affectant les entreprises individuelles et certains secteurs ou sous-secteurs, ou du fait des conditions générales de marché. Les prix des obligations évoluent généralement dans le sens opposé des taux d’intérêt. Ainsi, lorsque les taux d’intérêt augmentent, les prix des obligations ont tendance à reculer et à l’inverse, lorsque les taux d’intérêt diminuent, les prix des obligations s’accroissent. Les investissements à l’étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l’instabilité économique et l’évolution de la situation politique. Les investissements sur les marchés en développement présentent des risques accrus liés aux mêmes facteurs.



[1] Source : Banco Central do Brasil.

[2] Source : © 2014 FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les informations contenues dans les présentes : (1) appartiennent à FactSet Research Systems Inc. et/ou ses fournisseurs de contenu, (2) ne peuvent être reproduites ou diffusées, et (3) ne sont pas garanties en termes de fiabilité, d’exhaustivité ou de caractère opportun. FactSet Research Systems Inc. et ses fournisseurs de contenus déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages ou pertes résultant d’une utilisation de ces informations.

 

[3] Source : Ibid.