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Les puissances du Pacifique : l’Australie et le Japon

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Malgré presque 7 000 kilomètres de distance, l’Australie et le Japon sont souvent réunis dans l’appellation de la région d’Asie Pacifique (APAC). Ces pays peuvent tous deux être considérés comme des puissances mondiales, et pourtant leurs profils sont très différents en ce qui concerne la structure de leurs économies, leurs défis et les réponses qu’ils y apportent. Don Huber, Vice-président, analyste et gérant de portefeuille au sein du Franklin Equity Group, revient sur la manière dont chacun de ces pays s’attaque à ses propres défis, et nous livre ses perspectives de marché.

Don Huber
Don Huber

Don Huber

Vice-président, analyste et gérant de portefeuille

Franklin Equity Group®                              

Australie : un travail d’équilibriste

En Australie, l’économie comme le marché semblent lancés sur une trajectoire constante. Le pays a su tirer son épingle du jeu pendant la crise financière mondiale qui a plongé tant d’autres dans la récession il y a de cela presque cinq ans en grande partie grâce au boom des matières premières et de la demande chinoise. Malgré cet environnement, le PIB australien a enregistré une croissance positive chaque année depuis 1991.[1]

En effet, la croissance australienne s’est appuyée sur la demande chinoise en matières premières, demande qui a absorbé un peu moins de 30 % des exportations du pays en 2012-2013 selon une tendance en hausse depuis cinq ans.[2] La vigueur des prix des matières premières depuis dix ans a largement bénéficié à l’Australie, qui tente cependant de diversifier ses moteurs économiques. La forte demande en matières premières a incité les sociétés minières à réaliser des investissements importants, même si l’on doit prévoir une baisse de ces derniers dans l’immédiat dans le sillage du ralentissement de la croissance chinoise.

De façon générale, la croissance solide de l’économie australienne a permis d’entretenir des salaires et une inflation en hausse, en particulier dans le secteur minier, ce qui fait de l’Australie un pays où la vie est chère et le coût du travail élevé. Beaucoup de consommateurs australiens bénéficient de l’effet de richesse apporté par la progression des prix immobiliers : en effet, les prix dans le segment résidentiel ont grimpé de 9,3 % ces 12 derniers mois à l’échelle du pays, et de 13,8 % dans la ville de Sydney.[3] Cet effet de richesse profite aux dépenses de consommation depuis peu, tout en participant à une sorte de boom de la construction.

L’essor de l’immobilier australien est aussi favorisé par des taux d’intérêt relativement faibles. La banque centrale australienne (Banque de Réserve) pratique une politique accommodante, et, selon moi, elle a prouvé qu’elle se montrait assez habile dans sa gestion de l’économie sur le long terme. En mai, la Banque de Réserve australienne a décidé de laisser son taux directeur inchangé, à 2,5 %, invoquant des inquiétudes quant au marché du travail ainsi qu’une baisse à venir des investissements dans le secteur des ressources naturelles.

Ce secteur joue un rôle majeur pour l’économie australienne, mais il existe aussi des opportunités au-delà de l’exposition pure aux matières premières. Ainsi, dans l’indice MSCI Australia 200, 75 % des sociétés ne sont pas directement liées aux ressources naturelles, puisque le secteur le plus représenté (à 46 %) est la finance.[4] Cela dit, les prix des matières premières et la demande pour ces dernières se répercutent sur des entreprises qui, à première vue, n’ont pas de lien avec le secteur, et, naturellement, sur les recettes publiques.

Actuellement, le secteur financier australien paraît en bonne santé, les banques ayant su éviter une partie des problèmes dans lesquels s’enlisent leurs homologues sur d’autres marchés. La consommation est elle-aussi bien orientée : les taux d’épargne sont élevés et l’essor du secteur immobilier se traduit par une hausse des octrois de crédits hypothécaires. Certains craignent dès à présent une bulle du marché immobilier, mais pour l’instant, la demande reste soutenue.

Selon moi, le budget d’austérité annoncé récemment par l’Australie va mettre à l’épreuve ses talents d’équilibriste, car l’économie subit le ralentissement de la demande en matières premières. En augmentant les impôts et en baissant les prestations sociales, le gouvernement conservateur cherche à réduire le déficit budgétaire et la croissance de la dette publique, qui l’un comme l’autre ne sont pas particulièrement élevés par rapport à la plupart des autres pays développés.

Nous attendons de voir, mais pour l’instant l’Australie s’en sort plutôt bien, et cela se reflète dans son marché actions.

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 Japon : tenir les promesses du plan Abenomics

 Cette année, le marché actions japonais a déçu les investisseurs après des performances robustes en 2013. De tous les pays (développés et émergents), le Japon est l’un de ceux dont les actions se sont le moins bien comportées[5] en devise locale et en dollar. L’an passé, le marché s’est envolé sous l’effet de l’optimisme entourant Abenomics, l’ambitieux plan du Premier ministre Shinzo Abe pour revitaliser l’économie nippone via d’importantes mesures budgétaires et monétaires, ainsi qu’un programme de réformes structurelles.

Selon nous, trois facteurs affectent le sentiment des investisseurs vis-à-vis du Japon cette année. Premièrement, le marché a manifesté une aversion pour le risque à la suite des tensions entre l’Ukraine et la Russie, qui ont d’abord pénalisé l’Europe, puis le reste du monde. En conséquence, le yen s’est apprécié, et un yen plus fort renchérit le prix des exportations japonaises à l’étranger, rendant les entreprises moins compétitives : une tendance que les investisseurs n’ont pas appréciée. Deuxièmement, des inquiétudes se dessinent quant à l’efficacité des mesures budgétaires et monétaires en place, après la hausse de la TVA entrée en vigueur le 1er avril 2014. Avec cette nouvelle hausse de l’impôt, certains se demandent si d’autres dispositifs de relance sont nécessaires et si la Banque du Japon saura anticiper convenablement. Troisièmement, beaucoup estiment que le rythme des réformes est trop lent. Les réformes constituent la « troisième flèche » du plan Abenomics, une flèche qui semble décevoir les investisseurs. De toute évidence, des obstacles doivent être levés sur les plans politique et culturel, comme dans n’importe quel pays. Si le plan Abenomics doit générer une croissance auto-entretenue sur le long terme, alors il faut que cette troisième flèche de réformes structurelles et réglementaires atteigne sa cible.

L’une des réformes actuellement en place consiste à créer des territoires nationaux stratégiques, appelés « tokku ». Six régions ont été désignées comme pilotes pour tester différents aspects de la déréglementation dans des secteurs tels que les soins médicaux, le développement des nouvelles entreprises et l’agriculture. Comme souvent au Japon, les détails sont toujours à l’étude, mais je pense que cette initiative, si elle touche son but, pourrait être un banc d’essai prometteur pour réformer ces secteurs à l’échelle nationale.

Lorsqu’on passe en revue les investissements possibles au Japon, deux types de sociétés retiennent notre attention. Les premières sont les distributeurs en ligne : la pénétration du commerce électronique est inférieure à celle d’autres pays développés, mais elle est en plein essor, si bien que cette transformation offre un potentiel qui pourrait compenser les craintes entourant le rythme des dépenses des ménages. Les secondes sont les entreprises industrielles exportatrices, dont certaines sont déjà des acteurs concurrentiels sur les marchés mondiaux de la robotique et de l’automatisation en usine. Selon moi, ces entreprises sont compétitives et bénéficient de business models solides qui devraient porter leurs fruits si la politique Abenomics réussit à faire baisser le yen.

Depuis quelques années, on observe des investisseurs tantôt inquiets et tantôt euphoriques vis-à-vis d’une classe d’actifs ou d’un marché, sans effectuer de distinction entre les entreprises de ce marché ou de cette classe d’actifs. Notre approche d’investissement consiste à analyser les fondamentaux sous-jacents des entreprises. Nos décisions sont prises au cas par cas, qu’elles concernent le Japon, l’Australie ou d’autres pays, et sans tenir compte du sentiment des investisseurs par rapport à un marché en particulier à ce moment-là.

Les commentaires, les opinions et les analyses de Don Huber sont fournis à titre d’information uniquement et ne constituent pas des conseils d’investissement individuels, des recommandations à investir dans un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, secteurs, investissements ou stratégies cités.

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 Quels sont les risques?

Tout investissement comporte un risque, notamment celui de ne pas récupérer le capital investi. La valeur des investissements peut fluctuer à la baisse comme à la hausse et les investisseurs ne sont pas assurés de récupérer la totalité de leur mise initiale. Les cours des actions sont soumis à des fluctuations, parfois rapides et importantes, en raison de facteurs affectant les entreprises individuelles et certains secteurs ou sous-secteurs, ou du fait des conditions générales de marché. Les investissements à l’étranger comportent des risques spécifiques, comme les variations des taux de change, l’instabilité économique et l’évolution de la situation politique.

 


[1] Source : Base de données des Perspectives de l’économie mondiale, avril 2014. © Fonds monétaire international.

[2] Source : Site Internet du Ministère australien des Affaires étrangères et du Commerce, www.dfat.gov.au.

[3] Source : Bureau des Statistiques australien, indices des prix immobiliers résidentiels dans huit capitales régionales, décembre 2013. Cat. no. 6416.0 Canberra. http://www.abs.gov.au/ausstats/abs@.nsf/mf/6416.0.

[4] Source : MSCI. MSCI n’apporte aucune garantie, expresse ou implicite, ni ne fait aucune déclaration, et n’assume aucune responsabilité quant aux données de MSCI contenues dans le présent document. La redistribution des données de MSCI ou leur utilisation en lien avec d’autres indices, titres ou produits financiers n’est pas autorisée. Le présent rapport n’est ni approuvé, ni révisé, ni produit par MSCI. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement.

[5] Source : Nikkei 225 Stock Average. © Nikkei Inc.