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Le potentiel croissant des obligations du Conseil de Coopération du Golfe

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Soutenus par des sociétés attrayantes, des finances publiques solides et d’ambitieux projets de développement à long terme, les marchés obligataires des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) enregistrent une croissance rapide, de l’avis de Mohieddine Kronfol,  directeur des investissements Sukuk mondiaux et des Stratégies en obligataires dans la région MENA chez Franklin Templeton. Selon lui, les obligations du CCG offrent une opportunité intéressante pour de nombreux investisseurs désireux d’optimiser des portefeuilles régionaux ou de diversifier leur exposition obligataire internationale. Dans ce billet, M. Kronfol nous livre ses perspectives positives pour les obligations du CCG, qui bénéficient d’indicateurs de dette et de crédit solides.

Mohieddine Kronfol
Mohieddine Kronfol

 

Mohieddine (Dino) Kronfol

Directeur des investissements Sukuk mondiaux et

Stratégies obligataires de la région MENA , Franklin Templeton

 

Au cours de la dernière décennie, l’ensemble des pays du CCG ont déployé des projets de diversification de leurs économies, afin de réduire leur dépendance au secteur des hydrocarbures. À la faveur des  prix élevés du pétrole, les gouvernements de ces pays ont pu financer d’importants programmes d’investissement, qui ont permis de stimuler la croissance des secteurs non pétroliers, tout en accumulant de copieuses réserves en devises et en remboursant leur dette à de très faibles taux d’intérêt. Outre le développement massif de leurs infrastructures et systèmes éducatifs, ces pays ont également mis en œuvre d’ambitieuses réformes, généralement favorables aux investisseurs.

 

La croissance récente et anticipée de la région témoigne d’ailleurs bien du succès de cette diversification. Selon le Fonds monétaire international (FMI), bien que la croissance du secteur pétrolier des pays du CCG ne se soit établie qu’à 0,9 % en 2013, pour vraisemblablement ne pas dépasser 0,4 % en 2014, la croissance économique globale de la région (hors secteur pétrolier) s’est élevée à 5,4 % en 2013 et pourrait même atteindre 5,7 % cette année.[1]

 

Les États concernés devraient continuer à investir dans l’éducation, le logement et les infrastructures de tout ordre, afin que les secteurs autres que le pétrole et le gaz continuent à se développer à long terme. De plus, l’organisation de l’Exposition universelle de 2020 à Dubaï pourrait encore accélérer la tendance, tout comme la Coupe du monde de football de 2022 au Qatar (qui fait toutefois l’objet de controverses en ce moment). Selon certains, les projets d’infrastructures en cours dans la région totalisaient largement plus de 2 000 milliards de dollars à fin 2013. Même si les pays du CCG disposent de ressources internes suffisantes pour financer ces projets, les autorités locales sont conscientes qu’elles ont tout à gagner en encourageant le développement de leurs marchés obligataires.

 

Le risque géopolitique peut certes entrer en ligne de compte pour les investisseurs, mais les violences qui ont embrasé le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord au cours des deux dernières années se sont déroulées dans des pays qui ne font pas partie du CCG, tels que l’Égypte, la Libye, la Syrie, la Tunisie et le Liban.  À l’exception de la Libye, aucun d’entre eux ne dispose des importantes réserves d’hydrocarbures dont sont dotés les pays du Conseil de coopération du Golf. Par ailleurs, l’instabilité au Moyen-Orient n’a pas empêché les obligations et d’autres catégories d’actifs financiers du CCG d’enregistrer des performances solides au cours de ces dernières années. L’indice général DFM du marché boursier de Dubaï s’est ainsi adjugé plus de 107 % en 2013.[2]

 

Dans les faits, les pays du CCG ont plutôt bénéficié de la hausse du cours du pétrole qui a accompagné ces tensions politiques. Les marchés financiers des pays du CCG ont même tiré parti de la confiance placée par les investisseurs dans leurs devises, sachant que celles-ci sont indexées sur le dollar américain, ainsi que (et surtout) de la nette amélioration des fondamentaux de crédit des différents pays depuis la crise à Dubaï en 2009. L’Émirat a même profité du redressement de son économie pour alléger sa dette. En novembre 2013, l’agence de notation Moody’s a même estimé que la perspective du système bancaire des Émirats Arabes Unis n’était plus négative mais stable, s’appuyant sur l’assainissement du portefeuille de prêts obtenu grâce à la croissance et à la reprise immobilière.

 

Compte tenu de l’embellie économique et budgétaire constatée dans la région, la plupart des obligations d’État et de sociétés notées « investment-grade » émises dans les pays du GCC sont stables et présentent une excellente qualité du crédit, offrant ainsi des opportunités potentielles solides en termes de diversification ou d’optimisation des portefeuilles. [3]

 

Croissance élevée, endettement faible

Comme on l’a dit, les économies des six pays du CCG (EAU, Qatar, Koweït, Bahreïn, Arabie Saoudite et Oman) affichent une croissance solide et des finances publiques assainies. Ils ne représentent que 11 % de la population du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord mais produisent la moitié de son produit intérieur brut (PIB).[4] Le CCG inclut le pays le plus riche par habitant au monde, le Qatar, ainsi que le premier producteur de pétrole, l’Arabie Saoudite. L’ensemble du CCG produit 24 % du pétrole mondial et détient près de 30 % des réserves prouvées de pétrole, selon l’étude statistique de BP sur l’énergie mondiale.[5]

 

Malgré des dépenses publiques ont été soutenues dans les pays du CCG, les chiffres du FMI indiquent un endettement par rapport à leur PIB respectif qui ne dépassait pas 9,2 % à la fin de l’année 2013,[6] un contraste saisissant avec la situation de nombreux pays développés qui affichent des ratios dette/PIB de 100 % ou plus. Le Sultanat d’Oman présentait un ratio brut de dette publique/PIB de 7,0 % fin 2013, tandis qu’en Arabie Saoudite et au Koweït, ce ratio était inférieur à 3 %.[7] Les données du FMI indiquent également que les balances des paiements des pays du CCG sont excédentaires.[8]  Les surplus devraient continuer à s’accumuler substantiellement,[9] tout comme les réserves de devises.L’agence de notation Moody’s a relevé la note de la dette souveraine des six États-membres du CCG à au moins « A1 » durant la dernière décennie (à l’exception de Bahreïn), en raison de leur profil financier solide.[10] De plus, leur devise étant indexée sur le dollar américain, ces pays ont relativement peu souffert des troubles qui se sont abattus récemment sur les taux de change de nombreux marchés émergents.

  

Liquidité croissante et faibles corrélations

La profondeur et la liquidité des marchés obligataires  du CCG, dont la croissance a été exponentielle depuis le début du siècle, justifient également que l’on s’y intéresse. Les émissions d’obligations traditionnelles et de Sukuk (des instruments conformes à la loi islamique) dans les pays du CCG ont augmenté de près de 25 % par an ces dix dernières années, atteignant 42,8 milliards de dollars en 2012 (avant un léger repli en 2013).[11] Le segment des Sukuk, qui a représenté près de la moitié des titres de créance émis en 2013, connaît une croissance particulièrement importante.  Leur structure revient à verser un bénéfice plutôt que des intérêts, à partir d’un capital habituellement garanti par, ou adossé à, un bien immobilier ou corporel. La croissance des Sukuk témoigne de l’ampleur du développement qui s’opère actuellement dans les pays du Conseil de coopération du Golfe.

 

En outre, les obligations du CCG sont faiblement corrélées aux principaux indices d’actions et d’obligations. L’analyse des données de Morningstar démontre une corrélation faible à moyenne de ces obligations avec leurs homologues des marchés émergents, ainsi qu’avec les actions mondiales, les matières premières ou les actions de la région MOAN.[12] Ainsi, les obligations des pays du CCG nous semblent offrir d’intéressantes possibilités d’appréciation pour un niveau élevé de sécurité.

 

Des banques très bien capitalisées

Les banques du CCG se sont développées rapidement, tout comme  leur offre, favorisées par la croissance des dépôts et la solidité des  emprunteurs. Des mesures de grande envergure ont été déployées pour moderniser le cadre réglementaire et le rendre  plus efficace. Nous pensons que ces tendances devraient jouer en faveur des notations à moyen terme.

 

Plus précisément, le système bancaire des pays du CCG est doté de fonds propres solides et d’un niveau d’actifs non performants relativement maîtrisable. Le soutien des gouvernements de ces pays est fort et les actionnaires publics ont déjà montré leur  capacité d’intervention lors de périodes de tension, notamment en injectant ou en mettant à disposition des liquidités et des prêts Tier 1 et 2 par l’intermédiaire des banques centrales.  Le système bancaire du CCG est donc en relative bonne santé par rapport à celui des marchés émergents et dispose même d’une marge de résistance plus élevée, ainsi que d’indicateurs de capitalisation généralement bien supérieurs aux futures exigences réglementaires.

 

Un marché en développement rapide

Le nombre d’émissions récentes masque un volume annuel important de prêts syndiqués. Les marchés obligataires régionaux ayant atteint une masse critique (plus de 200 milliards de dollars par an), les facteurs qui soutiennent le processus de désintermédiation (exigences imposées par Bâle III et tendance à la diversification des sources de financement des sociétés) devraient se maintenir à moyen terme et continuer d’alimenter la croissance du marché primaire, tout en contribuant à accroître la profondeur du marché secondaire.

 

Les sociétés non financières, pour la plupart influencées par les pouvoirs publics, rentables et bénéficiant de fondamentaux solides, ont des projets de dépenses et d’investissements de plus en plus ambitieux qui ne sont pas compatibles avec le stade de développement actuel des marchés financiers du GCC ; et c’est une autre raison qui nous porte à croire que ces derniers, et les marchés obligataires en particulier, devraient connaître une phase durable de croissance soutenue.  Les sociétés privées sont de plus en plus nombreuses à se tourner vers le financement des marchés,  ce qui stimule particulièrement le segment du haut rendement.

 

Conclusion

Au vu de l’ampleur du développement des pays du CCG, et en comparaison avec les difficultés actuelles de nombreux pays émergents et développés, l’avenir du marché obligataire local nous paraît radieux. Les investisseurs en obligations des pays du CCG peuvent continuer à compter sur un contexte macro-économique favorable à la croissance et au développement de la catégorie d’actif et à bénéficier d’une volatilité relativement réduite, ainsi que d’une corrélation faible avec les autres secteurs obligataires.

 

Les commentaires, les opinions et les analyses de Mohieddine Kronfol sont fournis à titre d’information uniquement et ne constituent pas des conseils d’investissement individuels, des recommandations à investir dans un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, secteurs, investissements ou stratégies cités.

 

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[1]  Source : FMI, Perspectives économiques régionales Moyen-Orient et Asie Centrale, mai 2014, Annexe statistique (Tableau 3).

[2] Source : © 2014 FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les informations contenues dans les présentes : (1) appartiennent à FactSet Research Systems Inc. et/ou ses fournisseurs de contenu, (2) ne peuvent être reproduites ou diffusées, et (3) ne sont pas garanties en termes de fiabilité, d’exhaustivité ou de caractère opportun. FactSet Research Systems Inc. et ses fournisseurs de contenus déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages ou pertes résultant d’une utilisation de ces informations. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. Veuillez vous reporter à l’annexe pour de plus amples informations.

[3] La diversification n’est pas une garantie de gain ou de protection contre le risque de pertes.

[4] Source : Source : Perspectives de l’économie mondiale du FMI, avril 2013. Copyright © 2014. Fonds monétaire international. Tous droits réservés. Copyright © 2014. Fonds monétaire international. Tous droits réservés.

[5]  Source : BP Statistical Review of World Energy, juin 2013.

 

[6]  Source : FMI, Perspectives économiques régionales Moyen-Orient et Asie Centrale, mai 2014, Annexe statistique (Tableau 16).

[7]  Ibid.

[8]  Source : FMI, Perspectives économiques régionales Moyen-Orient et Asie Centrale, mai 2014, Annexe statistique (Tableau 20).

[9]  Source : FMI, Perspectives économiques régionales Moyen-Orient et Asie Centrale, mai 2014, Annexe statistique (Tableau 22).

[10]  Source : FactSet.* © 2014 FactSet Research Systems Inc. Tous droits réservés. Les informations contenues dans les présentes : (1) appartiennent à FactSet Research Systems Inc. et/ou ses fournisseurs de contenu, (2) ne peuvent être reproduites ou diffusées, et (3) ne sont pas garanties en termes de fiabilité, d’exhaustivité ou de caractère opportun. FactSet Research Systems Inc. et ses fournisseurs de contenus déclinent toute responsabilité quant à d’éventuels dommages ou pertes résultant d’une utilisation de ces informations. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs.

[11] Source : Bloomberg L.P., données au 31 décembre 2013.

[12]  Source : © 2014 Morningstar. Tous droits réservés. Les informations contenues dans les présentes : (1) appartiennent à Morningstar et/ou ses fournisseurs de contenu, (2) ne peuvent être reproduites ou diffusées, et (3) ne sont pas garanties en termes de précision, d’exhaustivité ou de pertinence. Ni Morningstar ni ses fournisseurs de contenu ne sont responsables des dommages ou des pertes découlant de l’utilisation de ces informations. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs. Veuillez vous reporter à l’annexe pour de plus amples informations.