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Perspectives recueillies sur le terrain en Thaïlande

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La crise politique qui a secoué la Thaïlande au cours des derniers mois s’est soldée par l’imposition de la loi martiale, après de longues protestations et des menaces de violence entre sympathisants du Comité de la réforme démocratique populaire (les « chemises jaunes »), hostiles au gouvernement, et tenants du Front uni pour la démocratie (les « chemises rouges »), favorables au pouvoir alors en place. Dennis Lim, Vice-président exécutif/Directeur général, au sein du Templeton Emerging Markets Group estime que malgré ces difficultés, la Thaïlande demeure une destination d’investissement attrayante et que les raisons de rester optimiste pour l’avenir du pays ne manquent pas. À la suite de son récent déplacement, il partage ses perspectives observées sur le terrain.

 

Dennis Lim
Dennis Lim

Dennis Lim, Vice-président exécutif

Directeur général

Templeton Emerging Markets Group

 

Aux premières heures du mardi 20 mai 2014, le chef de l’état-major général de l’armée thaïlandaise a décrété la loi martiale dans le royaume. Deux jours plus tard, le gouvernement élu a été dissous, balayé par un coup d’État militaire qui mettait fin à plus de six mois de crise politique. Les manifestations lancées par le chef du parti d’opposition, Suthep Thaugsuban, auront de leur côté duré presque six mois pour que la première ministre Yingluck Shinawatra soit finalement destituée par la Cour constitutionnelle, sur allégations d’abus de pouvoir. Près du tiers des membres de son cabinet ont également été remerciés. Ceux qui avaient gardé leur poste se sont rapidement regroupés dans un « gouvernement intérimaire » qui n’a pas survécu très longtemps non plus.

 

Pour la plupart des Thaïlandais, et des observateurs de ce pays (comme nous), les coups d’État militaires sont presque monnaie courante. Depuis que la monarchie a cédé ses prérogatives politiques en 1932, pas moins de 12 coups d’État se sont succédés, soit en moyenne un tous les 6,8 années (sans tenir compte des tentatives). Avant celui-ci, le dernier s’était déroulé en 2006, pendant que le premier ministre Thaksin Shinawatra assistait à une assemblée générale des Nations unies à New York.

 

Deux semaines après que les généraux aient pris le contrôle du pays, j’avais décidé de me rendre à Bangkok. Mon permis de travail, qui m’autorise à visiter des sociétés thaïlandaises et à me rendre dans notre bureau de Bangkok aussi souvent que je le désire, expire à la fin du mois de juin. C’était donc le bon moment de demander une prolongation d’une année supplémentaire et de constater concrètement comment ce récent coup d’État affecte l’environnement d’affaires du pays.

 

J’ai atterri en Thaïlande le 1er juin. La veille, les opposants au coup d’État avaient menacé d’organiser des manifestations de grande ampleur durant le week-end, se plaçant alors en contravention directe avec l’interdiction de tenir des réunions de plus de cinq personnes décrétée par le pouvoir militaire. Les manifestants prévoyaient de défiler dans le quartier de Rachaprasong, en plein cœur de Bangkok, où je devais loger durant mon déplacement. L’armée a annoncé qu’elle se mettait en alerte et envisageait de fermer tout le quartier si des manifestants se présentaient. J’ai rapidement recherché les coordonnées d’un autre hôtel par mesure de précaution.

 

Durant mon trajet de l’aéroport au centre-ville, j’ai remarqué qu’il y avait moins de circulation sur les routes. Le chauffeur de taxi m’a informé qu’à cause du couvre-feu (en vigueur de minuit à quatre du matin), les habitants de Bangkok préféraient rester chez eux, mais que ses affaires n’en souffraient pas pour autant. Selon lui, la ville serait calme tout le week-end et sans manifestation.

 

En arrivant  à mon hôtel, j’ai eu le sentiment que les activités tournaient au ralenti à cause du risque de manifestations. Le portier était ravi de rencontrer un client et s’est empressé de m’aider alors que je n’avais qu’une seule petite valise. Je lui ai bien dit que je pouvais me débrouiller seul, mais il ne m’a pas laissé le choix. Il craignait peut-être que je change d’avis et reparte sur-le-champ à l’aéroport. J’ai déposé mon bagage dans ma chambre et suis rapidement allé me promener.

La nuit était douce et agréable. La saison des pluies approche à grands pas et dans quelques semaines des précipitations marqueront le début de chaque soirée. Il était 21 h 30 et les rues étaient légèrement plus calmes que d’habitude, mais je n’ai pas remarqué un seul soldat en faction. Certaines boutiques avaient fermé durant le week-end à cause du risque de manifestations, mais d’autres étaient ouvertes de façon normale. Les rues n’étaient pas désertes. Je me suis arrêté dans un petit magasin pour m’acheter une boisson gazeuse avant de continuer ma promenade.

 

Le lendemain matin, je me suis rendu dans une banque thaïlandaise. J’ai été très bien accueilli par un des dirigeants,  qui estimait que son activité n’avait pas trop souffert de ces derniers mois d’incertitude politique. Selon lui le coup d’État pourrait s’avérer une bonne chose pour le pays, car il met fin à une impasse. Avant que les généraux ne prennent le pouvoir, le budget de l’État était bloqué depuis plusieurs mois. Les investissements dans les routes, les ponts, les métros ont enfin pu reprendre.

 

(photo : congestion routière en Thaïlande, près de Siam Square)

Trafic sur les routes de Thaïlande, près de Siam Square.
Trafic sur les routes de Thaïlande, près de Siam Square.

 

L’armée a formé un « conseil consultatif » pour gérer le pays jusqu’à la tenue de la prochaine élection, d’ici 15 mois vraisemblablement.  La composition de ce conseil consultatif m’a paru intéressante, puisque ses membres proviennent de différentes familles politiques, et même du « Parti pour les Thaï » de l’ancienne première ministre Yingluck Shinawatra. Il me semble que l’armée essaye de mettre en œuvre une solution durable.

 

Durant le déjeuner, j’ai discuté avec un analyste thaïlandais, qui a confirmé cette impression. Depuis la fin de l’année dernière, l’économie ralentit parce que les investissements en infrastructures et autres dépenses indispensables ont été gelés. Les manifestations de rue quotidiennes, emmenées par M. Thaugsuban, ont également nui à l’importante activité touristique du pays. Les annulations ont commencé à s’accélérer lorsque les médias du monde entier ont diffusé les images des manifestations, même si celles-ci ne concernaient qu’une petite partie de Bangkok, ne perturbant en rien le reste du pays. Il fallait faire quelque chose pour retrouver le chemin de la croissance.

 

Je me suis ensuite rendu à notre bureau de Bangkok pour discuter avec nos analystes Nont Lewchalermwong et Aek Mahaphan. Tous les deux ont travaillé fort à la recherche des meilleures opportunités pour le Templeton Emerging Markets Group dans le contexte qu’on connaît. « La plupart des investisseurs qui ne vivent pas en Thaïlande estiment que le pays est au bord du précipice. Ça n’est absolument pas le cas,  la bourse s’est appréciée de près de 3 % depuis le coup d’État[1] et une grande majorité d’entreprises poursuivent leurs activités de façon tout à fait normale », m’a confié Nont Lewchalermwong.

 

Le lendemain, je suis allé à un guichet administratif unique permettant le renouvellement de mon visa et de mon permis de travail. C’était bondé, comme d’habitude. Une fois mon numéro en main, j’ai dû attendre 2 heures. Cela m’a donné l’occasion d’observer un certain nombre d’expatriés japonais demandant un permis de travail, une conséquence de l’augmentation importante des investissements étrangers directs en provenance du Japon. Il y avait également d’autres personnes originaires de l’Asie du Sud-Est, de la Corée et de la Chine. Il me semble que les problèmes politiques n’ont pas d’effets majeurs sur le nombre d’étrangers s’installant en Thaïlande pour raison professionnelle.

 

 

 

Sur le trajet de l’aéroport, je me suis arrêté pour visiter le quartier d’affaires de Silom, une partie de Bangkok dense en petits commerces et en restaurants. Les trottoirs étaient bondés. Des vendeurs ambulants de nourriture affluaient de partout. Les routes étaient remplies de taxis, de voitures et de motos. La fameuse circulation routière de Bangkok justifiait bien sa réputation.

 

Commerces à Silom, Thaïlande.
Commerces à Silom, Thaïlande.

La Thaïlande fait en ce moment face à un certain nombre d’enjeux qui peuvent affecter son économie à court terme. Nous sommes évidemment au courant des risques d’enlisement de la situation politique. Toutefois, je suis convaincu que le pays peut se redresser et mon expérience d’investisseur dans ce pays ne date pas d’hier. À la suite de ce déplacement, je pense qu’il y a de nombreuses raisons de continuer à rechercher des opportunités en Thaïlande. Je pense également qu’il ne faut pas se limiter aux informations à la une des journaux. Vous vous rendrez rapidement compte que la réalité est bien différente et souvent bien moins sensationnaliste.

 

Pour connaître d’autres opinions du Templeton Emerging Markets Group à propos de la Thaïlande, consultez le billet de Mark Mobius, Tensions et résilience en Thaïlande

 

Les commentaires, les opinions et les analyses de Dennis Lim sont fournis à titre d’information uniquement et ne constituent pas des conseils d’investissement individuels, des recommandations à investir dans un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Les conditions économiques et de marché étant susceptibles d’évoluer rapidement, les commentaires, opinions et analyses sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, secteurs, investissements ou stratégies cités.

 

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[1] Source : Bloomberg LP; Stock Exchange of Thailand (SET), le 5 juin 2014. Les indices ne sont pas gérés et il est impossible d’y investir directement. Les performances passées ne présagent pas des résultats futurs.