Beyond Bulls & Bears

Rencontre avec le gérant : Philippe Brugère-Trélat

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Comme les fleurs, les opportunités d’investissement dans les actions sous-évaluées ont parfois besoin de plus de temps que prévu pour s’épanouir. Ainsi, en tant que passionné de jardinage et spécialiste de la sélection des valeurs, Philippe Brugère-Trélat sait se montrer patient. Il a appris toute l’importance d’être un investisseur méthodique auprès des pionniers de l’approche « value » Max Heine et Michael Price au tout début de sa carrière chez Mutual Shares. Aujourd’hui Vice-président exécutif et gérant de portefeuille chez Franklin Mutual Series®, Philippe Brugère-Trélat a vu sa patience mise à rude épreuve au fil des nombreuses configurations de marché. Dans une interview pour Beyond Bulls & Bears, il livre sa réflexion sur les hauts et les bas dans le domaine économique et il avoue qu’il n’a pas peur de se retrousser les manches, que ce soit pour planter des arbres dans son jardin ou sur le terrain, lors des visites d’entreprises.

Philippe Brugere-Trelat
Philippe Brugere-Trelat

Philippe Brugere-Trelat
Executive Vice President
Gérant de portefeuille

Franklin Mutual Series

Beyond Bulls & Bears : De quand date votre intérêt pour la gestion de fonds d’investissement ?

Philippe Brugère-Trélat : En 1984, j’ai rencontré Max Heine, le fondateur de Mutual Series, qui a été rebaptisé Mutual Shares par la suite, et Michael Price (futur Président de Mutual Series). J’avais travaillé dans la banque privée en France et je vivais à Londres à l’époque, même si je rêvais de partir m’installer aux États-Unis. J’ai fait la connaissance de Michael grâce à un ami commun. À cette époque, Michael et Max ne géraient pas de gros volumes de capitaux, peut-être 500 millions de dollars, mais ils avaient déjà un historique de performances impressionnant et une très bonne réputation. Ils faisaient preuve tous les deux d’une grande curiosité. Max était sans cesse en train de chercher de nouveaux moyens de dénicher des titres sous-évalués. À ce moment-là, ils cherchaient à savoir s’ils pouvaient trouver en Europe des opportunités d’investissement similaires à celles qu’ils avaient identifiées aux États-Unis. Un jour, je me suis présenté à leur porte. En tant que Français ayant vécu à Londres et disposant d’un assez bon réseau dans la capitale britannique, … bref, on connaît la suite.

Beyond Bulls & Bears : Qu’avez-vous appris de Max et de Michael ?

Philippe Brugère-Trélat : C’est simple. J’ai absolument tout appris de Max et de Michael : comment aller à contre-courant, être rigoureux et patient, et comment tempérer mes émotions. Ils m’ont vraiment tout appris sur l’investissement en actions sous-évaluées. Max est malheureusement décédé quelques années après mon arrivée dans la société, mais Michael a repris les rênes et nous avons continué à travailler de la même façon. J’ai eu deux professeurs fantastiques.

Beyond Bulls & Bears : Qu’est-ce qui définit votre approche en tant que gérant de portefeuille ?

Philippe Brugère-Trélat : Les actions sous-évaluées et la sélection des valeurs. Que l’approche « value » soit en vogue, populaire, à la mode ou non, chez Mutual Series, depuis 1949 (date à laquelle la société était encore connue sous le nom de Mutual Shares), nous nous sommes toujours attachés à une chose : identifier des actions sous-évaluées. C’est une discipline que nous connaissons bien, dans laquelle nous sommes bons et que je pratique chaque matin.

Par « actions sous-évaluées », je veux parler des titres qui nous paraissent bon marché, par exemple, en termes de PER[1]. Au moment de décider d’investir, nous cherchons aussi des catalyseurs susceptibles de réduire ou de supprimer cette décote. C’est simple en théorie, mais c’est parfois plus difficile dans la pratique.

Beyond Bulls & Bears : Vous avez déclaré ne pas être un investisseur activiste, mais que « c’est payant d’être un peu direct en matière d’investissement ». Que vouliez-vous dire ?

Philippe Brugère-Trélat : La plupart du temps, nous entretenons de très bonnes relations avec les dirigeants des entreprises dans lesquelles nous investissons. Nous n’investissons jamais dans des sociétés avant d’avoir rencontré l’équipe dirigeante. Une fois que nous avons investi, l’un des aspects essentiels de notre processus d’investissement est de maintenir des liens étroits avec les dirigeants de ces entreprises. En tant que spécialistes de la sélection des valeurs, nous construisons nos portefeuilles en considérant l’historique des sociétés au cas par cas. Le contact avec les équipes dirigeantes est absolument essentiel dans notre processus. La plupart du temps, nous avons d’excellentes relations avec eux car ils savent que nous investissons sur le long terme. Ils savent aussi que nous avons mené des recherches et que nous allons poser des questions épineuses.

Lorsque nous pensons que les dirigeants n’agissent pas dans l’intérêt des actionnaires, nous n’hésitons pas à le leur dire et à leur faire part de nos suggestions. Nous pouvons intervenir de différentes façons, notamment via des lettres publiques et des « batailles de procuration » afin de faire remplacer l’équipe dirigeante. C’est arrivé en Amérique du Nord mais aussi, à de plus rares occasions, en Europe, où nous avons joué un rôle clé en faveur d’une direction de meilleure qualité et plus favorable aux actionnaires.

Beyond Bulls & Bears : Quel est l’aspect le plus difficile ou le plus frustrant de votre travail ?

Philippe Brugère-Trélat : Je dirais que l’aspect le plus difficile est la vente de positions. Selon moi, il est bien plus facile d’acheter une action affichant une valorisation attractive que d’en vendre une qui a déjà enregistré de bonnes performances. Les investisseurs ont tendance à trop s’attacher à leurs positions, surtout les plus performantes. Mais nous essayons de faire preuve de discipline. Nous nous efforçons de vendre lorsque notre objectif de juste valeur est atteint et que nous n’avons pas de raison particulière de le modifier, mais parfois c’est difficile. Vendre est toujours bien plus difficile qu’acheter.

Quant à l’aspect le plus frustrant de mon métier… Chaque jour apporte son lot de frustrations, mais est tout aussi passionnant ! Ce qui est merveilleux avec la gestion d’actifs, et dans l’investissement en général, c’est que chaque jour est différent. Vous apprenez quelque chose de nouveau tous les jours. Le jour où je n’apprendrai plus rien, il sera temps pour moi de partir. Mais selon moi, c’est le meilleur métier du monde. Vous rencontrez des gens intéressants. Un jour, vous êtes au sommet du monde et le lendemain tout en bas de l’échelle, mais c’est toujours nouveau et passionnant.

Beyond Bulls & Bears : Quels ont été les marchés les plus difficiles ou les plus mémorables auxquels vous ayez été confronté pendant votre carrière dans la gestion d’actifs ?

Philippe Brugère-Trélat : J’ai plusieurs exemples en tête, notamment en 1987, lorsque le marché actions a chuté d’environ 20 % en une journée, donnant l’impression que la fin du monde était proche. Ce qui est intéressant, c’est qu’en observant cette période sur un graphique à long terme, ce n’était pas si grave. Nous avons connu beaucoup d’autres crises de cette ampleur depuis. L’éclatement de la bulle Internet à la fin des années 1990 en est un autre exemple. J’ai aussi connu le défaut de la Russie en 1998 et, plus récemment, la crise des subprimes aux États-Unis. Les crises m’ont enseigné la valeur de la patience. Il faut savoir prendre du recul et s’efforcer de ne pas paniquer en vendant ou en achetant à tout bout de champ. Si vous attendez que les marchés se calment un peu et que l’horizon s’éclaircisse à nouveau, vous pouvez ensuite commencer à faire votre travail avec un état d’esprit plus apaisé et moins régi par vos émotions.

Beyond Bulls & Bears : Y a-t-il un conseil que vous avez reçu durant votre carrière que vous continuez de suivre aujourd’hui ?

Philippe Brugère-Trélat : Se montrer patient. C’est bien d’aller à contre-courant, tant que vous vous montrez patient, et que vos investisseurs aussi. J’ai toujours à l’esprit cette citation de John Maynard Keynes : « les marchés peuvent être irrationnels plus longtemps que vous pouvez rester solvables ». Mais avec notre stratégie chez Mutual Series et le profil de nos actionnaires, je pense que nous sommes là pour durer. Selon moi, c’est ce qui nous a permis d’aller chercher de réelles opportunités de création de valeur, même dans des secteurs compliqués ou impopulaires.

Beyond Bulls & Bears : En dehors du travail, quels sont vos centres d’intérêt ou vos activités ?

Philippe Brugère-Trélat : J’aime jouer au tennis. J’aime aussi voyager quand j’en ai l’occasion, pour le plaisir, pour découvrir de nouveaux pays, de nouvelles personnes et de nouveaux modes de vie. Si j’avais dû exercer un autre métier dans une autre vie, je pense que j’aurais aimé être paysagiste. J’aime concevoir des jardins. Je possède un jardin à Long Island et j’aime bien plonger mes mains dans la terre et jardiner. Je trouve cela très thérapeutique. Comme pour l’investissement, le jardinage demande de la patience si on veut vraiment voir nos efforts payer et les choses évoluer.



[1] Le ratio cours-bénéfices est un ratio de valorisation rapportant le cours de bourse d’une entreprise à son bénéfice par action.

 

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