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Fondamentaux à long terme de l’Arabie saoudite : ne pas s’arrêter à la volatilité des prix du pétrole

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L’ouverture très attendue du marché boursier saoudien aux investissements directs étrangers offre accès aux entreprises de la première économie du Moyen-Orient à un moment charnière pour les marchés financiers de la région. Bassel Khatoun, directeur des investissements en actions de la zone MENA, Franklin Templeton Local Asset Management, explique pourquoi selon lui l’Arabie saoudite peut faire face au recul des prix du pétrole et à la récente volatilité des marchés mondiaux. Pour lui, l’attrait de l’Arabie saoudite pour les investisseurs aura des répercussions importantes sur l’ensemble des marchés émergents.

basselBassel Khatoun

Directeur des investissements en actions de la zone MENA

Franklin Local Asset Management – zone MENA

 

L’effondrement des prix du pétrole et l’évolution en dents de scie des marchés émergents pèsent sur le marché boursier saoudien (aussi appelé « Tadawul ») récemment libéralisé, qui a adopté une tendance baissière fin août après avoir atteint un plus haut en avril 2015. Les motifs de cette correction sont en apparence assez évidents. En effet, tout comme d’autres marchés émergents clairement plus exposés aux matières premières, l’Arabie saoudite a fait les frais d’inquiétudes concernant la marge de manœuvre restant aux autorités locales pour financer la promotion de la croissance des secteurs non-pétroliers de l’économie dans le contexte de baisse des cours pétroliers, ainsi que la viabilité de l’ancrage de la devise.

Les prix du pétrole sont bien sûr importants pour l’économie saoudienne : ils représentent environ 45 % de l’économie globale et 90 % du total des recettes publiques.[1] Nous pensons toutefois que l’Arabie saoudite devrait sortir de l’accès de volatilité actuel dans une situation relativement solide malgré la baisse des prix du pétrole ces derniers mois. La population saoudienne est jeune et en plein essor (près de 60 % a moins de 30 ans)[2] ; ses dépenses bénéficient à divers secteurs, allant des services de télécommunication aux services financiers. Même si, compte tenu de la baisse des prix du pétrole, l’Arabie saoudite doit piocher dans ses réserves massives de 664 milliards de dollars et accroître sa dette pour poursuivre ses importantes dépenses budgétaires contracycliques, nous pensons que le pays reste déterminé à soutenir la croissance dans les secteurs non pétroliers de l’économie. Même les réductions des dépenses, qui ont récemment fait l’objet de discussions, sont relativement modestes au regard du volume du projet d’investissement global (105 milliards de dollars).[3] Le secteur énergétique ne représente en réalité qu’une part limitée du Tadawul par rapport à l’ensemble de l’économie, et le marché boursier saoudien peut procurer une exposition à des secteurs à plus forte croissance, qui selon nous le distinguent à plus long terme des autres marchés émergents très dépendants des matières premières.

Même si le Tadawul était jusque récemment en grande partie fermé aux investissements directs étrangers, il est reconnu depuis longtemps, parmi les cercles d’investisseurs de la région, comme le plus grand et le plus liquide marché boursier du Moyen-Orient, offrant les opportunités sectorielles les plus vastes, et il est comparable en taille et en influence aux marchés émergents bien établis, comme la Russie et l’Afrique du Sud. Maintenant que l’Arabie saoudite est devenue le dernier pays du G20 à ouvrir son marché  aux investisseurs étrangers (bien qu’avec des restrictions), les investisseurs du monde entier ont accès à ce que nous considérons être l’une des destinations les plus intéressantes des marchés émergents sur le long terme et une passerelle clé vers la première économie du Moyen-Orient.

Les facteurs démographiques favorables et les dépenses publiques toujours robustes sont selon nous les principaux arguments en faveur du marché saoudien. Les besoins d’une classe moyenne en plein essor constituent un contexte positif pour la croissance de la demande dans de nombreux secteurs de l’économie, des produits de consommation à la santé en passant par les services de télécommunications.

Le gouvernement saoudien envisage aussi de procéder à des dépenses importantes cette année, malgré la baisse des prix du pétrole, ce qui prouve sa volonté de se diversifier pour ne plus dépendre uniquement du pétrole et de relancer l’ensemble de son économie. En fait, même s’il a été établi sur fond de baisse des prix du pétrole, le budget 2015 est historiquement élevé. Par conséquent, l’Arabie saoudite pourrait enregistrer son premier déficit budgétaire à deux chiffres en 2015, mais compte tenu de son niveau d’endettement toujours bas et de ses réserves de change abondantes, nous pensons que le pays peut combler cet écart.

Les émissions obligataires organisées récemment pour financer une partie du budget soulignent aussi la détermination de l’Arabie saoudite à promouvoir la croissance malgré la baisse des prix du pétrole et ses répercussions sur ses réserves de change. Cependant, en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), l’endettement public est extrêmement faible en Arabie saoudite avec seulement 1,6 % (en 2014), selon l’Agence monétaire saoudienne. En effet, sa politique en matière de dépenses semble avoir porté ses fruits. L’économie progresse toujours, avec en tête les secteurs non pétroliers ; la croissance du PIB non pétrolier en 2015 est estimée à 4,6 % contre 0,9 % pour le PIB pétrolier, selon les estimations du Fonds monétaire international.[4] Et contrairement à ses homologues exportateurs de pétrole (Russie, Iran, Venezuela et Nigeria), l’économie saoudienne semble reposer sur des assises très solides selon notre analyse.

De plus, compte tenu des difficultés importantes auxquelles l’Arabie saoudite sera sans aucun doute confrontée dans les années à venir, la réforme actuelle du Tadawul pourrait alléger le fardeau de l’État, qui poursuit ses efforts de diversification de l’économie pour réduire sa dépendance au pétrole.

Par ailleurs, contrairement aux autres marchés émergents qui dépendent fortement des matières premières, le Tadawul offre aux investisseurs une meilleure exposition aux secteurs non énergétiques de l’économie saoudienne, qui nous semblent plus intéressants. Le secteur de l’énergie n’est pas suffisamment représenté (1 % du Tadawul) par rapport à la place qu’il occupe dans l’économie globale. En revanche, selon les statistiques du Tadawul, la finance représente environ 28 % de la valeur du marché, suivie par la pétrochimie (23 %) et les entreprises des télécommunications et de la consommation (20 %).[5]

Chacun de ces secteurs présente des atouts selon nous. Les banques saoudiennes figurent parmi les mieux capitalisées au monde, les sociétés d’infrastructures bénéficient des projets massifs de dépenses publiques dans des domaines tels que l’éducation, l’énergie et la santé, et les groupe de la consommation profitent de l’essor de la société de consommation et des efforts des autorités pour doper le revenu disponible. Tout aussi important, les entreprises de différents secteurs engendrent des marges bénéficiaires que lui jalousent leurs homologues des marchés émergents et opèrent au sein d’une économie qui bénéficie de tendances démographiques favorables.

Par ailleurs, l’économie saoudienne et son marché boursier pourraient ne pas pâtir autant que d’autres marchés émergents du relèvement des taux d’intérêt américains. La lenteur et le caractère progressif des initiatives de la Réserve fédérale américaine en vue d’un relèvement des taux d’intérêt favorisent un raffermissement du dollar américain, et nous notons que l’ancrage entre le riyal saoudien et le billet vert a permis aux actions d’éviter en grande partie la volatilité des changes dont ont souffert certaines économies émergentes plus vulnérables aux chocs externes. Bien qu’entravant la flexibilité de l’Arabie saoudite (et remis en question après la dévaluation du yuan chinois), cet ancrage est en place depuis 1986. Nous pensons qu’il n’est pas prêt de disparaître, principalement parce que le prix du pétrole est fixé en dollar américain et qu’il permet au pays de bénéficier d’un taux de change stable et fixe.

Après les ventes massives d’août où le Tadawul a cédé 17 %, les actions saoudiennes se négocient désormais à environ 15 fois les bénéfices 2016, ce que nous jugeons intéressant, et offrent une croissance des bénéfices et des perspectives de rendement du dividende supérieures à celles des marchés boursiers développés et émergents.[6] De plus, même si le Tadawul est en baisse de 33 % sur un an, il n’a pas corrigé aussi fortement que les prix du pétrole (-48 %).

En effet, selon notre analyse, la corrélation entre les actions saoudiennes et les prix du pétrole est historiquement beaucoup plus faible. La corrélation à cinq ans des performances journalières n’est ressortie qu’à 0,09,[7] ce qui reflète non seulement la diversité des secteurs du Tadawul et l’exposition limitée à l’énergie, mais aussi la capacité des autorités à utiliser leurs finances et leurs réserves de change abondantes pour réaliser des investissements contracycliques lorsqu’il le faut pour soutenir la croissance.Anticipation de croissance des bénéficesComparaison du rendement du dividende

Une occasion d’accroître la discipline et la transparence du marché

À long terme, offrir aux investisseurs internationaux un meilleur accès au Tadawul pourrait selon nous à la fois permettre de freiner la volatilité sur un marché traditionnellement dominé par les investisseurs particuliers locaux et d’apporter un savoir-faire technique aux marchés financiers saoudiens. De plus, l’Autorité saoudienne des marchés financiers estime que l’ouverture des entreprises cotées aux actionnaires étrangers pourrait encourager une internationalisation et un meilleur management en exposant les entreprises locales à davantage de discipline de marché. En outre, offrir aux investisseurs institutionnels un accès direct aux actions saoudiennes va probablement accroître la liquidité, la sophistication et la maturité du marché, entraînant un plus grand nombre d’introductions en bourse et un approfondissement du marché.

Nous pensons que l’inclusion à terme de l’Arabie saoudite dans les indices boursiers internationaux attirera des volumes importants de nouveaux capitaux étrangers sur le long terme. Le fournisseur d’indices MSCI pourrait commencer à évaluer l’éligibilité de l’Arabie saoudite via la consultation d’investisseurs à partir de juin 2016, le Tadawul souhaitant intégrer l’indice MSCI Emerging Market (EM) en 2017.

Sa pondération dans l’indice MSCI EM serait alors estimée à 1,7 %.[8] Nos recherches nous portent à croire que l’ouverture du Tadawul pourrait à elle seule créer une opportunité de 45 milliards USD de nouveaux fonds étrangers ou un flux de 40 milliards USD de fonds supplémentaires par rapport aux niveaux actuels. Pour les investisseurs, c’est l’occasion d’élargir et d’accroître leur exposition aux perspectives de croissance solides de l’économie saoudienne. Un tel volume d’investissements doperait l’économie saoudienne affaiblie par la baisse des recettes pétrolières et la restriction de sa souplesse budgétaire.

Toutefois, nous estimons que les investissements étrangers devraient rester modérés à court terme. Il reste difficile pour les investisseurs extérieurs d’accéder aux opportunités formidables ce marché ; les opérateurs de marché doivent disposer de ressources abondantes pour répondre aux critères d’obtention de licences stricts. Compte tenu du caractère fluctuant du marché, il faut soigneusement choisir un partenaire capable d’identifier les risques locaux, ainsi que les opportunités nombreuses qui, selon nous, finiront par être accessibles.

Néanmoins, compte tenu de la taille, de la croissance et de la sophistication grandissante de l’économie et du marché boursier saoudiens dans la région MENA, nous pensons que les investissements étrangers anticipés dans le Tadawul serviront sans aucun doute de tremplin aux marchés régionaux, surtout lorsqu’eux aussi seront libéralisés. Par conséquent, une fois le calme revenu parmi les actions émergentes, nous pensons que les marchés prendront conscience que l’ouverture de la bourse saoudienne est pour les investisseurs institutionnels une occasion unique de participer à la sophistication croissante du pays, de la région MENA et de ses marchés.

Les commentaires, les opinions et les analyses de Bassel Khatoun sont personnels et fournis à titre d’information uniquement dans l’intérêt général et ne sauraient constituer un conseil d’investissement individuel, une recommandation ou une incitation à acheter, vendre ou détenir un titre ou à adopter une stratégie d’investissement particulière. Ils ne constituent pas un conseil d’ordre juridique ou fiscal. Les informations fournies sont valables à leur date de publication et peuvent changer sans préavis. Ce document ne constitue pas une analyse complète des faits relatifs aux divers pays, régions, marchés, ou investissements cités.

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[1] Source : CIA World Factbook, estimation 2014.

[2] Sources : Ministère saoudien des finances et Département central de statistiques et d’information, Ministère de l’économie et de la planification.

[3] Source : Bloomberg, « Saudi Arabia Is Seeking Advice on Cutting Billions from Its Budget in the Wake of the Oil Crash », le 25 août 2015.

[4] Source : FMI. Rien ne garantit que les estimations ou prévisions se réalisent.

[5] Sources : Bloomberg, Tadawul, au 31 juillet 2015.

[6] Source : Bloomberg, au 31 août 2015. Les indices ne font l’objet d’aucune gestion et il n’est pas possible d’y investir directement. Les performances passées ne garantissent pas les résultats futurs.

[7] Source : Bloomberg, au 1er septembre 2015. La corrélation mesure le degré avec lequel des investissements évoluent dans la même direction. La corrélation varie entre 1 (corrélation positive parfaite : les actifs évoluent dans la même direction) à -1 (corrélation négative parfaite, les actifs évoluent dans des directions opposées).

[8]  Source : Rapport Global Research d’HSBC, « Saudi Arabia Revisited—Implications for Global Index Benchmarks », le 6 février 2015. La pondération réelle de l’Arabie saoudite au moment de son inclusion dépendra de plusieurs facteurs, notamment des limites imposées aux participations étrangères et de la liquidité des actions individuelles. Les indices ne font l’objet d’aucune gestion et il n’est pas possible d’y investir directement.