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Tout est bien qui finit bien pour le pétrole ?

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Le fait que les prix du pétrole soient retombés à leur niveau le plus bas en plus de 10 ans peut sembler une bonne nouvelle pour les consommateurs, mais elle inquiète les marchés, car les motifs de ce repli (et ses répercussions éventuelles) ne sont pas très clairs. Trois professionnels de l’investissement de Templeton Global Equity Group, Cindy Sweeting, Tony Docal et Chris Peel, font part de leur point de vue sur la situation du secteur pétrolier, de leur sentiment sur un redressement éventuel des prix de l’or noir et des conséquences potentielles pour les investisseurs d’un affaiblissement des cours pétroliers. Ils notent que les prix du pétrole ont tendance à s’auto-stabiliser, et au niveau des entreprises, la baisse des prix pourrait bénéficier aux acteurs les plus solides, et aux investisseurs en quête de titres sous-évalués.

Chris Peel
Chris Peel
Cindy Sweeting
Cindy Sweeting
Tony Docal
Tony Docal

 

Cindy L. Sweeting, CFA

Directrice de la gestion de portefeuille

Templeton Global Equity Group

Tony Docal, CFA

Directeur adjoint de la Recherche

Templeton Global Equity Group 

 Chris Peel, CFA

Gérant de portefeuille et analyste

Templeton Global Equity Group

 La chute des prix du pétrole a très clairement généré des perturbations sur les marchés financiers et nous devrions assister à des faillites et des incidents de crédit parmi les producteurs surendettés et supportant des coûts élevés. Cette situation peut toutefois se révéler une aubaine pour les producteurs de pétrole les mieux capitalisés, car ils peuvent racheter des concurrents en difficulté et leurs réserves au lieu d’investir dans l’exploration de nouveaux sites à la recherche de gisements de pétrole.

Presque tous les investisseurs acceptent le principe d’un cercle vicieux, où la chute des prix du pétrole entraîne un ralentissement mondial, qui se traduit par une nouvelle baisse de la demande et de nouvelles chutes des prix. Toutefois, l’histoire et les analyses économiques mettent en évidence un processus d’auto-stabilisation, car le pétrole bon marché favorise l’activité économique et dope légèrement la demande. Compte tenu de l’affaiblissement des prix du pétrole et de son incidence sur l’inflation, les banques centrales à travers le monde devraient rester accommodantes, selon nous. Par conséquent, le net repli des prix du pétrole a sans aucun doute généré des perturbations, mais une stabilisation après les plus bas récents devrait favoriser la croissance économique, même s’ils ne rebondissent pas jusqu’aux pics de plus de 100 $ le baril observés en 2014.

Les prix du pétrole sont symptomatiques des inquiétudes persistantes des marchés quant à la stagnation des échanges de produits manufacturiers et des dépenses d’investissement, malgré les grands volumes de liquidité injectés par les banques centrales des pays développés. En réalité, du moins à nos yeux, l’économie mondiale parvient toujours à progresser lentement malgré l’impact déflationniste de la diminution des capacités et de l’offre excédentaires. Ce n’est pas nouveau ; trop de capacités de production ont été mises en place à travers le monde pour répondre à une demande non durable, via un endettement excessif, et l’impact de leur réduction se répercute progressivement sur l’économie mondiale. Nous pensons que cette tendance devrait se poursuivre.

Par conséquent, avec la reprise tout au plus modeste de l’économie mondiale après le traumatisme de la crise financière mondiale de 2008-2009, qui est toujours dans les esprits, les marchés s’inquiètent tout naturellement de la possibilité de chocs douloureux, alors même que la phase d’expansion des pays développés atteindra bientôt sa septième année. Ces chocs vont d’un atterrissage forcé et brutal en Chine à une potentielle récession aux États-Unis, dans un contexte marqué par les difficultés des secteurs pétrolier et manufacturier.

Impacts géopolitiques

Les risques géopolitiques sont aussi très clairement en train de monter, le Moyen-Orient étant actuellement dans une situation très précaire. Si l’on dresse le bilan des événements dans la région, la liste est très longue : des conflits en Syrie, au Yémen et en Libye, en passant par la monté du terrorisme et plus récemment l’augmentation des tensions entre l’Iran et l’Arabie Saoudite. La chute des prix du pétrole exerce des pressions importantes sur la géopolitique au Moyen-Orient. La baisse des revenus pétroliers des pays exportateurs de pétrole a conduit les gouvernements à prendre des mesures pour protéger leurs situations budgétaires. L’attention a aussi commencé à se porter sur les devises ancrées sur le dollar américain. De fait, certains de ces dispositifs d’arrimage des devises pourraient être supprimés en cas de poursuite de la baisse des cours pétroliers. Toutefois, les grands pays exportateurs de pétrole du Moyen-Orient ont majoritairement constitué des réserves financières importantes lorsque les prix du pétrole étaient élevés et leur endettement par rapport au produit intérieur brut (PIB) est faible, si bien qu’ils devraient être en mesure de résister à une période prolongée (mais pas indéfinie) de cours pétroliers déprimés.

L’Irak, l’Iran, la Libye et l’Arabie Saoudite produisent ensemble environ 20 % du pétrole brut mondial. Pourtant, il semble qu’à l’heure actuelle les prix du pétrole ne reflètent peu ou pas de prime géopolitique. Si les tensions venaient à s’intensifier et entraînaient une pénurie de pétrole, la situation actuelle, à savoir une offre mondiale excédentaire, pourrait s’inverser assez rapidement. Ce n’est pas notre scénario de base ; toutefois, cela reste un risque haussier pour le pétrole, qui n’est pas reflété dans les prix à l’heure actuelle selon nous.

Jusqu’où les prix du pétrole pourraient-ils descendre ?

 Nous savons que plusieurs facteurs contribuent actuellement à l’offre excédentaire de pétrole. La production soutenue de pétrole de schiste américain ces dernières années, ainsi que la décision de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et de l’Arabie Saoudite en particulier de ne pas réduire leur production n’ont fait qu’alimenter davantage un marché déjà saturé. De plus, l’offre pourrait être plus importante encore une fois que l’Iran fera son retour sur le marché après la levée des sanctions. Pour que les prix du pétrole reviennent à la normale, il faut que cet excédent de production disparaisse d’une façon ou d’une autre.

Néanmoins, cette offre excédentaire doit être remise en contexte.  Selon plusieurs estimations, l’offre mondiale est aujourd’hui excédentaire de 1 à 1,5 million de barils par jour. Sachant qu’environ 94 millions de barils sont consommés par jour à travers le monde, l’excédent d’offre correspond à 1 % à 2 %[1], ou seulement une année de croissance de la demande aux taux actuels. C’est nettement moins que dans les années 1980, quand l’OPEP et l’Arabie Saoudite avaient adopté une stratégie de part de marché comparable.

Avec des taux de déclin de la production des puits de pétrole existants d’environ 4 à 5 % et la réduction des investissements des entreprises, nous pensons qu’il est inévitable que l’offre et la demande de pétrole retrouvent l’équilibre à l’avenir. Toutefois, à court terme, nous pensons que le prix du pétrole pourrait tomber à un niveau qui fera disparaître l’excédent d’offre. C’est le cas actuellement, mais cela prend plus de temps que ce que beaucoup anticipaient. De nombreux investisseurs se demandent jusqu’où les prix peuvent tomber. Selon nous, plus le prix du pétrole baisse à court terme, plus le processus de rééquilibrage devrait s’opérer rapidement, car il n’est même plus économiquement viable pour certains producteurs de continuer à produire. Selon certaines prévisions, les cours pétroliers pourraient retomber à 20 $ le baril, ce qui est certainement possible, mais à ce niveau un nombre important de puits ne sont pas rentables, si bien que nous devrions observer une réaction plus marquée que jusqu’à présent du côté de l’offre.

Concernant les investissements du secteur, selon notre analyse, les dépenses mondiales d’exploration et de production ont chuté en 2015 et elles devraient diminuer davantage en 2016. C’est la première fois depuis près de trente ans que le secteur pétrolier enregistre deux années consécutives de baisse des investissements.

Comme nous l’avons noté précédemment, les grands producteurs souverains ne possèdent pas les ressources financières suffisantes pour tolérer indéfiniment la faiblesse des cours pétroliers. L’Arabie Saoudite, la Russie, le Brésil et le Venezuela (principaux exportateurs de pétrole) sont tous confrontés à d’importants déficits budgétaires liés au recul des prix de l’or noir. Même si certains pays ont des réserves financières plus importantes que d’autres, des tensions sont déjà perceptibles sur le marché.

Par conséquent, avec le temps, nous pensons que le marché va s’ajuster, passant d’une offre excédentaire à un équilibre, voire même à une offre potentiellement insuffisante à terme. À ce moment-là, le prix du pétrole atteindra un niveau qui incitera à un accroissement de la production afin de compenser son déclin naturel et de répondre à la croissance de la demande future. Quand cela pourrait-il se produire ? Nous anticipons une disparition progressive des déséquilibres entre l’offre et la demande via la diminution de la production et une hausse accrue de la demande entre 2016 et en 2017.

Trouver du potentiel haussier dans le secteur de l’énergie

Compte tenu des pressions subies par les prix du pétrole, les entreprises du secteur sont aussi malmenées. Nous avons identifié des opportunités intéressantes dans le secteur de l’énergie et, dans certains cas, nous avons observé des niveaux de valorisation inédits depuis plusieurs décennies. Nous avons trouvé de grands groupes pétroliers intégrés aux bilans solides et aux dividendes importants, qui devraient être en mesure de résister à l’incertitude du marché et de finir par bénéficier de la baisse des coûts et de la gestion rigoureuse de leur capital. À l’autre bout du spectre, les entreprises américaines spécialisées dans l’exploration et la production et les sociétés de services fortement corrélées au prix du pétrole devraient largement profiter de la normalisation de l’offre et de la demande. Le segment américain des gisements de schiste devrait selon nous être parmi les premiers à se redresser. Cela étant dit, nous nous montrons très sélectifs à l’heure actuelle, car bien évidemment, nous voulons nous positionner sur les entreprises qui s’en sortiront.

Le passage à la nouvelle année a sans aucun doute été marqué par un accès de morosité lié aux nombreux risques qui semblent peser de façon imminente sur certains acteurs de marché. Toutefois, les variations du sentiment des investisseurs font pencher la balance d’un côté ou de l’autre à court terme. La difficulté est de rester impassible, neutre et objectif, en restant concentré sur les fondamentaux à long terme, dans l’attente de bonnes surprises et d’une inflexion du sentiment.0116_TGEG_Oil-fr-FR10116_TGEG_Oil-fr-FR2

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[1] Source : Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), données au quatrième trimestre 2015.