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Les banques européennes pourront-elles se relever du « triple coup dur »?

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Depuis des années, les investisseurs en actions européennes utilisent le secteur bancaire comme le bouc émissaire de leurs craintes financières et ils n’hésitent pas à vendre les actions des banques à la moindre mauvaise nouvelle économique. Le secteur est aujourd’hui confronté à ce qui est considéré par beaucoup comme un « triple problème » : l’accès de faiblesse des entreprises du secteur de l’énergie, le durcissement des réglementations et les taux d’intérêt négatifs. Dans ce billet, Cindy Sweeting et Peter Wilmshurst, du Templeton Global Equity Group, évoquent les préoccupations des investisseurs, proposent une approche alternative de ce « triple problème » et mettent en avant deux lueurs d’espoir pour le secteur.

Peter Wilmshurst
Peter Wilmshurst
Cindy Sweeting
Cindy Sweeting

 

Cindy Sweeting, CFA

Présidente – Templeton Investment Counsel

Directrice de la gestion de portefeuille,

Templeton Global Equity Group

 

Peter Wilmshurst, CFA

Vice Président exécutif

Gérant de portefeuille et analyste

Templeton Global Equity Group

Les investisseurs ont semble-t-il perdu toute confiance dans les banques européennes et leur « dédain » depuis le début de l’année est aussi fort que depuis le début de la crise financière de 2008-2009 : Dès qu’ils entendent ne serait-ce qu’une mauvaise nouvelle économique, ils vendent massivement les actions des banques. Les actions des banques affichent une baisse de 20 % depuis le début de l’année,[1] alors que les places boursières européennes ne perdent que 4 %.[2]

Compte tenu de ce « malaise », le ratio cours/valeur comptable du secteur bancaire[3] est retombé aux niveaux qui étaient les siens pendant la crise financière et lors de la crise de la dette souveraine européenne. À 0,7, ce ratio représente moins de la moitié de sa moyenne à long terme (1,6).[4] Selon nous, le secteur bancaire présente des valorisations extrêmement attractives et les titres de certains établissements bancaires et financiers affichent des décotes très importantes. D’autant plus si l’on tient compte des lueurs d’espoir que nous apercevons à l’horizon, à savoir la reprise de l’activité de prêt et l’augmentation des dividendes.European Bank Price to Book-fr-FR

A quoi sont dues les craintes des investisseurs depuis le début de l’année ? La liste des facteurs que nous avons dressée pourrait s’intituler le « triple coup dur » : accès de faiblesse des entreprises du secteur de l’énergie, durcissement des réglementations et taux d’intérêt négatifs.

Négativité envers les taux d’intérêt négatifs

Les investisseurs craignent que les taux d’intérêt négatifs résultant de la politique de la Banque centrale européenne (BCE) ne rognent la rentabilité des banques. En règle générale, l’essentiel de l’argent gagné par les banques vient de l’écart entre le taux d’intérêt payé aux déposants et celui facturé aux emprunteurs. La baisse des taux a fait diminuer ce différentiel car les prêts sont devenus moins onéreux, alors que les banques ont fait preuve de réticence à l’idée d’adopter des taux négatifs sur les dépôts, même si cette pratique existe dans certains pays, pour certains clients.

Depuis quelques mois, la BCE est plus attentive à la question de la rentabilité des banques. Elle a certes encore abaissé les taux au 1er trimestre, mais pas autant que ne l’avaient anticipé les marchés. Pourquoi ? Car, selon divers responsables de la BCE, cette dernière craignait l’impact sur les bénéfices des banques. Ces craintes ont aussi poussé la BCE à instaurer une seconde opération ciblée de refinancement à long terme. Ce programme, qui sera lancé en juin, permettra aux banques de refinancer jusqu’à 30 % de leurs prêts non immobiliers aux entreprises et aux ménages, à un coût négatif de 40 points de base. Autrement dit, les banques seront rémunérées pour emprunter auprès de la BCE et prêter ces fonds à leurs clients.

Les banques européennes ont également essayé de renforcer leur bilan en renégociant les taux de leurs prêts, en modifiant leur grille de frais et de commissions, en réduisant le coût des dépôts et en refinançant les ressources obtenues sur les marchés interbancaires (wholesale), dont une partie avait été empruntée pendant la crise financière à des taux beaucoup plus élevés. Les banques réduisent également le nombre de leurs succursales et leurs effectifs.

Il existe toutefois, dans une certaine mesure, un effet compensateur : en effet, compte tenu du faible niveau des taux d’intérêt, les provisions pour pertes sur prêts sont faibles car le coût des prêts est lui-même plus modéré. En Europe, le retour des provisions pour pertes sur prêts à un niveau de « milieu de cycle » se fait toujours attendre, en raison de la faiblesse persistante de certaines économies.

Une crise énergétique ?

La crainte de voir les difficultés financières des entreprises du secteur énergétique se répercuter sur les états financiers des banques a également pénalisé tout le secteur. Toutefois, selon nous, ces inquiétudes sont excessives. Les banques européennes ont accordé seulement 3 % de leurs prêts au secteur énergétique.[5] Et les segments du secteur de l’énergie qui sont les plus gros emprunteurs sont constitués par de grands groupes pétroliers intégrés, dont la plupart présentent des bilans solides, et par le financement des échanges commerciaux, activité avec un horizon à court terme et un système de garantie adossé au pétrole lors du processus d’acheminement. Nous ne pensons pas que les pertes sur prêts seront importantes sur ces deux segments, même dans une conjoncture économique très dégradée.

En outre, selon Moody’s Investors Service, aucune des plus grandes banques européennes n’affiche une exposition supérieure à 50 % aux obligations émises par des entreprises énergétiques dont la notation est inférieure à « investment-grade ».[6] En moyenne, près de deux-tiers des prêts accordés au secteur de l’énergie correspondent à des émetteurs « investment-grade », même après les dégradations de notations ces dernières années. Même si les banques vont probablement accroître leurs provisions pour pertes sur prêts vis-à-vis des emprunteurs du secteur de l’énergie à court terme, nous ne pensons que cela pénalise sensiblement leurs résultats.

Craintes réglementaires

Outre les craintes liées au secteur énergétique et aux taux d’intérêt, le spectre d’un nouveau durcissement de la réglementation n’a cessé de hanter les marchés. Les acteurs du secteur sont confrontés à de nouvelles réglementations depuis la crise financières et les dernière discussions concernant de nouvelles réformes règlementaires pénalisent encore le secteur depuis le début de l’année. Les banques cherchent à se mettre en conformité avec les préconisations de Bâle III qui visent à durcir les exigences en matière de fonds propres, à accroître la liquidité et à réduire les niveaux de levier.

Les autorités reconnaissent de plus en plus le rôle essentiel joué par les banques dans l’économie européenne, et admettent que les changements incessants des règlementations compliquent le fonctionnement des banques et leur soutien à l’économie. Des annonces intéressantes ont été faites ces deux derniers mois selon lesquelles les niveaux de fonds propres du secteur sont suffisants et les réformes réglementaires vont se raréfier d’ici la fin de l’année.

 Prêts, augmentation des dividendes

Nous sommes aussi rassurés par l’accélération de la distribution du crédit dans la région. Les prêts octroyés par les banques européennes recommencent à augmenter, avec une croissance à nouveau positive des prêts aux entreprises, et une croissance légèrement inférieure à 2 % pour les prêts aux ménages.[7] Cette embellie est selon nous favorable au secteur bancaire et à l’économie en général.European loan growth_INTL-fr-FR

Si les banques parviennent à atteindre leurs objectifs de fonds propres et si leur rentabilité se redresse, leurs dividendes pourraient réaugmenter. Cette tendance est d’ailleurs à l’oeuvre. Les trois plus grandes banques françaises, par exemple, ont augmenté leur dividende par action de 50 % à 70 % en 2015.[8] Selon le consensus, le rendement du dividende des banques européennes en 2016 est de 5,7 % ;[9] dans une région où les taux d’intérêt sont proches de zéro, un tel niveau est selon relativement attractif. Et ce rendement du dividende s’accompagne d’un taux de distribution de 52 % ;[10] ainsi, un peu plus de la moitié des bénéfices des banques devrait être distribués aux actionnaires, ce qui augure un potentiel d’augmentation des dividendes.

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 Quels sont les risques ?

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CFA® et Chartered Financial Analyst® sont des marques déposées de CFA Institute.

[1] Source : STOXX Ltd., au 16 mai 2016. Les actions des banques européennes sont représentées par l’indice STOXX Europe 600 Banks. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Ils ne tiennent pas compte des frais, dépenses ou droits d’entrée. Les performances passées ne constituent pas un indicateur ni une garantie des performances futures.

[2] Source : STOXX Ltd., au 16 mai 2016. Les actions européennes sont représentées par l’indice STOXX Europe 600. Les indices ne sont pas gérés et il n’est pas possible d’y investir directement. Ils ne tiennent pas compte des frais, dépenses ou droits d’entrée. Les performances passées ne constituent pas un indicateur ni une garantie des performances futures.

[3] Le ratio cours/valeur comptable est calculé en divisant le prix de clôture d’un titre par la valeur comptable publiée lors du trimestre le plus récent. Pour une entreprise, le ratio cours/valeur comptable est le rapport entre le cours de bourse actuel divisé par la valeur comptable (ou valeur nette) par action. Pour un indice, le ratio cours/valeur comptable est la moyenne pondérée des ratios cours/valeur comptable des entreprises composant l’indice.

[4] Sources : FactSet, MSCI, au 31 mars 2016. Les banques européennes sont représentées par l’indice MSCI European Banks. Consultez le site www.franklintempletondatasources.com. pour obtenir des informations supplémentaires sur les fournisseurs de données.

[5] Source : Templeton Global Equity Group ; les données ont été collectées dans les documents officiels des entreprises.

[6] Source : Moody’s Investors Service, communiqué de presse du 6 avril 2016.

[7] Source : Recherche Credit Suisse, au 29 février 2016.

[8] Source : Templeton Global Equity Group ; les données ont été collectées dans les documents officiels des entreprises.

[9] Source : Bloomberg LP, au 24 mai 2016.

[10] Ibid.